En encourageant les manifestants iraniens, le président américain prête la main aux plus conservateurs du régime

Un portrait du président américain Donald Trump brûle lors d'une manifestation dans la capitale, Téhéran, le 11 décembre 2017 pour dénoncer sa déclaration de Jérusalem en tant que capitale d'Israël
Un portrait du président américain Donald Trump brûle lors d'une manifestation dans la capitale, Téhéran, le 11 décembre 2017 pour dénoncer sa déclaration de Jérusalem en tant que capitale d'Israël © AFP / Atta Kenare

A la Maison-Blanche, sa porte-parole indique qu’il soutient le peuple iranien. Aux Nations-Unies, sa représentante salue le « courage » des manifestants et demande une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Donald Trump fait tout, en un mot, pour encourager les manifestations iraniennes dans l’espoir qu’elles débouchent sur un effondrement de la théocratie mais ce choix montre une confondante ignorance de ce qui est en jeu dans cette crise. 

Si ces manifestations s’étendent – ce qui n’a d’ailleurs pas été le cas hier, bien au contraire – elles permettront aux Gardiens de la Révolution, à cet Etat dans l’Etat qui est le bras armé des conservateurs, de pousser à une proclamation de l’état d’urgence qui leur permettrait de s’arroger tous les pouvoirs ou presque. Ce serait la défaite de Hassan Rohani, le pragmatique que les Iraniens ont réélu à la présidence de la République en mai dernier afin qu’il ouvre la voie à une libéralisation du régime après avoir conclu le compromis nucléaire qui a permis la levée des sanctions internationales contre l'Iran. 

Les conservateurs reprendraient alors la main et accentueraient le rapprochement avec la Russie qui s’est scellé dans le soutien des deux pays au régime de Damas. L’aspiration démocratique de l’Iran et les démocraties occidentales auraient tout à y perdre et une éventuelle dénonciation du compromis nucléaire par la Maison-Blanche aurait exactement le même résultat puisqu’elle permettrait aux conservateurs de marginaliser Hassan Rohani en l’accusant de s’être fait gruger par les Américains. 

Dans l’un et l’autre cas, enfin, ce sont les conservateurs et non pas les pragmatiques et les réformateurs qui s’adjugeraient la succession du Guide suprême, Ali Khamenei, l’homme le plus puissant du régime, lorsque la maladie l’obligera à se retirer. 

Ce qui se joue à Téhéran, c’est le rapport de forces entre les deux camps du régime et la manière, surtout, dont les Iraniens sortiront d’une théocratie dont ils ne veulent plus depuis longtemps. 

Si l’on préfère le pari d’une libéralisation à la certitude d’un durcissement pouvant mener à des violences d’envergure syrienne, il faut donc souhaiter, contrairement à M. Trump, qu’Hassan Rohani garde le contrôle de la situation par ce mélange de fermeté et d’ouverture qu’il prône depuis le week-end. 

Il parait actuellement y parvenir puisque son gouvernement s’est senti assez fort, hier, pour commencer à rétablir le système de messagerie Telegram grâce auquel les Iraniens contournent la censure. L’atout du président est que les classes moyennes urbaines ne s’engagent pas dans ces manifestations qui ne leur semblent pas assez réfléchies pour pouvoir conduire à plus de libertés. C’est une partie d’échecs qui est en cours, bien trop subtile pour M. Trump. 

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