On s'est beaucoup inquiété – et à bon droit – de l'élection de Jair Bolsonaro au Brésil : un président d'extrême-droite à la tête du mastodonte démographique et économique d'Amérique latine, ça méritait toute notre attention.

Mais ce faisant, on a oublié plus petit et nettement plus à gauche : le Nicaragua du président Daniel Ortega s'enfonce depuis avril dans la répression brutale d'un mouvement populaire contre sa personne et celle de sa femme de vice-présidente.

On dénombre 324 morts depuis avril selon l'Organisation des Etats Américains, l'OEA, moins de 200 selon le gouvernement nicaraguayen. Mais surtout des arrestations d'opposants par centaines et des fermetures autoritaires d'organes de presse.

On se croirait au Vénézuela ! 

Vous ne croyez pas si bien dire : Daniel Ortega applique à la lettre les méthodes qui ont fait leur preuve aussi bien à Cuba qu'à Caracas ! D'abord, affaiblir l'opposition en la divisant. Ensuite, tirer dans le tas dès qu'une manifestation de « civils » est organisée.

Puis organiser des milices para-militaires ou para-policières pour ratisser les quartiers ou les milieux les plus remuants. Milices qui sont issues du parti au pouvoir, organisé comme une petite armée, hiérarchisée, bien équipée et ne répondant qu'au chef.

Enfin, après des semaines de confrontation où le but est de harceler, puis épuiser l'opposition, il ne reste plus qu'à faire passer les voitures balais de la censure et de la justice aux ordres : interdiction de journaux, de télés, et arrestations de militants.

Et c'est ce qu'il se passe depuis plusieurs jours...

Exactement : des dizaines de militants des droits de l'homme derrière les barreaux ou obligés de prendre le maquis. Ah ! J'ai oublié un dernier élément de gestion de ce type de crise par un pouvoir cubano-vénézuélo-nicaraguayen : l'instrumentalisation de l'exil.

Cuba a compris dès les années 60 qu'il était contre-productif de tenter de retenir ceux qui souhaitent s'exiler. Les surveiller mobilise des moyens policiers mieux employés ailleurs et, en exil, les opposants – donc les cadres – manquent à la résistance intérieure.

Donc, les laisser partir est de bonne politique : c'est exactement ce que fait le Vénézuéla, qui ne retient personne, et aujourd'hui le Nicaragua qui a laissé des milliers de militants, d'opposants ou de simples quidam se réfugier dans les pays voisins.

Et Donald Trump n'arrange rien à l'affaire...

C'est l'épouvantail parfait ! Hier encore Raúl Castro a expliqué que le président américain était sur la voie de l'affrontement avec Cuba, donc avec Caracas et Managua... Sans oublier la Bolivie d'Evo Morales qui prend ce même chemin périlleux.

Or c'est évidemment très dangereux parce que si les Américains se retirent de théâtres militaires qu'ils estiment trop éloignés de leurs intérêts – la Syrie ou l'Afghanistan – il en va différemment de ce qu'ils ont toujours considéré comme leur arrière-cour.

A savoir l'Amérique centrale et du sud. Quand on sait en plus la fascination de l'administration Trump pour Ronald Reagan et ses politiques sud-américaines, il y tout à craindre et si peu à espérer.

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