Le nouveau maire de New York est un homme d’affaires. Pour renflouer les caisses de sa ville, sévèrement siphonnées par les attentats du 11 septembre, il a donc trouvé une idée simple, pragmatique, comptable : faire passer la taxe locale sur le paquet de cigarettes de 8 cents à un dollar et demi. Ca met le paquet à sept dollars, autant d’euros, environ 46 francs, mais cela devrait rapporter au budget de la ville 111 millions de dollars, pas négligeable, et éviter aussi, assure le maire, 50 000 morts. On n’aurait donc pu imaginer meilleure mesure, rentable, prophylactique et, à priori, populaire puisque les Américains ont développé une allergie sociale au tabac mais, là, le mouvement des « Citoyens contre le harcèlement des fumeurs » a vu rouge. Aux Etats-Unis, à New York en particulier, on ne pouvait déjà plus fumer nulle part, sauf au pied des immeubles, fût-ce par moins vingt. Certaines copropriétés interdisent même qu’on s’en allume une chez soi par crainte que des effluves ne se répandent dans les conduits d’aération. A part le casier judiciaire, rien n’est plus terrible que d’être fumeur lorsqu’on cherche un emploi - signe de déséquilibre, de stress, de manque de volonté au moins. Un fumeur new yorkais n’a plus qu’à vivre caché, encore heureux qu’on ne le jette pas en prison, et le voilà maintenant rançonné, comme un vulgaire paria. Il était temps de réagir, question de survie, et la présidente de ce mouvement de défense des fumeurs, Audrey Silk, a donc organisé une manifestation sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville, interpellant publiquement le maire sur ses pratiques alimentaires, des vices socialement dangereux dont il a le culot, l’impudent, le cynique, de se vanter. Au lieu de prêcher par l’exemple une alimentation saine, propre à améliorer l’état de santé de ses électeurs, Michael Bloomberg se fait en effet gloire d’adorer le beurre de cacahuète, le bacon et les bananes. Non seulement il aime mais il en abuse, en public, favorisant ainsi le cholestérol et l’obésité, deux désordres aussi dangereux pour la santé que coûteux pour l’assurance maladie. « Et si je lançais une campagne pour la taxation du bacon et du peanuts butter ? », a lancé Audrey Silk à Michaël Bloomberg. « Ils ne causent pas de dépendance », a-t-il répondu, tout fier de sa répartie mais ne se rendant pas compte du piège dans lequel il tombait. Car pas besoin d’être américanologue pour savoir que les Américains sont non seulement sous la dépendance du lard et des cacahuètes mais aussi des boissons sucrées, première cause de ce fléau national qu’est le surpoids, de l’automobile, première cause de pollution, de l’air conditionné, première cause de chocs thermiques, des pop-corns, première cause de crises de nerfs chez les cinéphiles, sans parler, bien sûr, des cours de Bourse avec lesquels les Américains aiment tant jouer les monte-en-l’air qu’ils sont sujets à la dépression. Alors deux solutions : ou bien l’on taxe tout, ce qui serait assez paradoxal au pays du libéralisme, ou bien on cesse de persécuter les fumeurs – ce qui serait plus libéral, moins hypocrite et puritain, disons-le : moins fûmeux.

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