Nous, les Français, connaissons cela par cœur et c’est très exactement ce que vivent aujourd’hui les Egyptiens : une révolution. En France, elle avait commencé par une crise économique majeure qui avait contraint Louis XVI à convoquer les Etats généraux. La parole s’était libérée, la Bastille était tombée et la monarchie avec elle. Un nouveau régime avait succédé à l’ancien mais, de la Terreur au Premier empire, de la Restauration à 48 puis au Second empire, il avait fallu près d’un siècle pour que cette révolution se stabilise dans la Troisième république et les suivantes.

A l’heure de la mondialisation, de l’information instantanée et de la diffusion des valeurs démocratiques peut-être, sans doute, cela prendre-t-il moins de temps en Egypte mais ce qui s’y produit aujourd’hui n’est ainsi que le début d’une longue histoire dont nul ne sait encore comment elle s’écrira. Là-bas, tout avait commencé par une révolte de la jeunesse, galvanisée par le succès des Tunisiens qui venaient juste d’avoir réalisé l’impossible, renverser l’un de ces potentats apparemment inamovibles qui régnaient alors sur les mondes arabes. Si Ben Ali était tombé, Moubarak n’était plus intouchable et Moubarak est tombé, lâché par les Etats-Unis qui considéraient, à juste titre, que ces dictatures qu’ils avaient si longtemps soutenues contre le communisme n’étaient plus que le terreau du djihadisme, que la stabilité passait désormais par le changement et qu’il fallait en conséquence tenter la liberté.

L’armée égyptienne avait donc laissé faire, sauvant sa popularité en refusant de tirer sur les révolutionnaires, et la chute de l’ancien régime avait débouché, il y a un an, sur des élections libres, les premières qu’aient jamais connues l’Egypte. Logiquement, ce sont les jeunes révolutionnaires qui auraient du les remporter mis ils n’étaient que l’avant-garde, sans parti, d’une nouvelle Egypte en gestation.

Face à des partis laïcs, totalement divisés car ils vont de l’extrême-gauche aux libéraux, ce sont les Frères musulmans qui l’ont emporté, des islamistes et non pas de djihadistes, des conservateurs traditionnalistes et libéraux portés au pouvoir par cette moitié de l’Egypte qui ne veut ni du laxisme occidental en matières de mœurs ni d’un Etat trop puissant qui ponctionne le petit commerce. Régulièrement élu, le candidat des Frères, Mohamed Morsi, est devenu un président parfaitement légitime, comme il l’a rappelé hier avec force et courage.

C’était la loi de la démocratie mais pour qu’une démocratie fonctionne, il faut un minimum de consensus entre les camps. Au lieu de s’ouvrir à d’autres courants, les Frères ont voulu monopoliser l’Etat et, crise économique aidant, ils se sont retrouvés si profondément rejetés que l’armée a pris le parti de la contestation et pousse dehors ce président élu qui refuse de se laisser évincer.

C’est un coup d’Etat, oui. Il est porteur de violences mais il est populaire et applaudi. Ce n’est pas, non, pas du tout, la démocratie mais c’est ce que veut une nouvelle majorité formée dans la rue et les révolutions, l’exemple français le dit, se rient des institutions démocratiques qu’elles n’ont pas déjà stabilisées.

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