L’Ukraine, on ne sait pas encore mais l’Iraq, lui, court aujourd’hui à un éclatement gros d’un chaos régional d’une incommensurable ampleur.

Le dernier signe en venu du Nord lorsque le président des régions kurdes, de ce Kurdistan irakien qui avait acquis une complète autonomie dès la première guerre du Golfe il y a près d’un quart de siècle, a déclaré mardi son intention d’organiser un référendum d’indépendance. « L’Irak est de fait divisé. Devons-nous rester dans cette situation tragique que vit le pays ? », s’est publiquement demandé Massoud Barzani avant d’ajouter que l’organisation de ce scrutin était une « question de mois ».

Sans l’ombre d’un suspens, la réponse sera massivement « oui » car, loin, très loin, de Bagdad, le Kurdistan irakien vit une régulière progression de son niveau de vie grâce à un spectaculaire boom économique. Via Istanbul, des hommes d’affaires d’Europe, d’Amérique et du Golfe y débarquent chaque jour par avions entiers. Les rues sont sûres et bien entretenues. Le Kurdistan irakien est d’ores et déjà indépendant et tout le pousse à se séparer formellement de l’Irak maintenant que les jihadistes de « l’Etat islamique » ont su profiter de la marginalisation des sunnites par la majorité chiite pour prendre le contrôle des régions où domine cette autre minorité irakienne qui avait gouverné le pays sous Saddam Hussein.

A part sa capitale, Bagdad, composite mais essentiellement chiite, l’Irak n’est plus que la juxtaposition de trois pays différents, sunnite, chiite et kurde, au sein de frontières internationales largement effacées sur le terrain puisqu’il n’y en a plus entre les zones sunnites d’Irak et de Syrie et qu’il y en a une, en revanche, entre le Kurdistan et le reste de l’Irak.

Si les chiites arrivaient à surmonter leurs propres divisions, s’ils parvenaient à convaincre les Kurdes de ne pas s’en aller et les sunnites de se retourner contre l’Etat islamique au nom de l’unité nationale, l’unité irakienne pourrait être encore sauvée mais cela fait trois conditions désormais bien difficiles à remplir. Le mieux que l’on puisse espérer est que les sunnites se détachent des jihadistes maintenant qu’ils les ont aidées à relever la tête. Cela n’est pas impossible car très peu d’entre eux ont de vraies affinités avec le jihadisme mais une véritable réunification de ce pays artificiellement dessiné par les empires britannique et français à la fin de la Première guerre mondiale, non, cela ne parait plus à portée de main et cet éclatement entamé aura trois conséquences.

La première est qu’encouragées par le précédent irakien, les autres minorités kurdes de la région, celles de Syrie, d’Iran et de Turquie, vont s’enhardir et revendiquer plus d’autonomie. La deuxième est que la jonction entre la majorité sunnite de Syrie et la minorité sunnite d’Irak va précipiter l’éclatement de la Syrie après celui de l’Irak. Quant à la troisième, elle est que l’Iran chiite est menacé de perdre d’un coup deux alliés, l’Irak majoritairement chiite que l’intervention américaine lui avait offert sur un plateau et la Syrie dont le clan dirigeant, la famille Assad, est également d’obédience chiite. Avec une carte en plein bouleversement, le Proche-Orient se balkanise.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.