Où l'on voit que, face à la menace djihadiste, les pays africains se prennent en main et n'attendent plus tout de la France

Les dirigeants du G5 du Sahel en sommet avec la France
Les dirigeants du G5 du Sahel en sommet avec la France © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Reste à voir si ça marche. Reste à voir si ces cinq pays du Sahel – Mali, Mauritanie, Tchad, Niger et Burkina Faso – sauront réellement constituer la force régionale qu’ils ont portée sur les fonts baptismaux hier, à Bamako, en présence d’Emmanuel Macron mais il y a là une nécessité et un espoir.

Ces cinq pays doivent unir leurs efforts puisque les différents mouvements djihadistes de cette région subsaharienne ne concentrent plus leurs coups de main sur le Mali où ils se heurtent à la fois au dispositif français Barkhane et à la Minusma, la force d’intervention de l’Onu. Parce qu’ils se heurtent, au Mali, aux casques bleus et à l’armée française, les djihadistes s’attaquent aux pays limitrophes. Le problème est devenu régional et il y faut donc une réponse régionale.

C’est la nécessité et l’espoir est, lui, que ces 5 pays – le G5 Sahel, dit-on – l’ont compris. Ils vont chacun mettre 10 millions d’euros au pot et doter leurs armées d’un commandement commun pour organiser cette force commune anti-djihadiste qu’ils sont seuls à pouvoir former puisque la France ne peut pas tout et que l’ONU a bien trop de difficultés budgétaires pour se substituer à eux dans une opération qui serait autrement plus coûteuse.

Depuis hier, il y a sur la table 50 millions du G5 Sahel, 50 millions de l’Union européenne et 8 millions de la France qui s’ajouteront au financement de Barkhane. Cela ne fait qu’un quart des ressources qu’il faudra mobiliser à terme mais, si cette force régionale sait démontrer son efficacité, d’autres financements pourront être trouvés, à l’ONU, en Europe et tout particulièrement en Allemagne qui pourrait annoncer un déblocage de fonds pour le Mali lors du conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet.

C’est ainsi un cercle vertueux qui s’ouvre là ou peut s’ouvrir en tout cas pour trois raisons.

La première est que ces pays africains se prennent en mains plutôt que de tout attendre de la France. La deuxième est que l’Union européenne amorce dans cette affaire des politiques étrangères et de Défense communes car ses pays ont compris que leur sécurité à tous et non pas seulement celle de la France se jouait au Sahel.

Et la troisième est que, de cette manière, les Européens s’attaquent préventivement à ce qui deviendra le nouveau problème djihadiste lorsque les combattants kurdes et les frappes de la coalition internationale conduites par les Etats-Unis auront achevé de libérer Mossoul et Raqqa, les bastions irakien et syrien de Daesh. Ce jour-là, les débris de Daesh tenteront de se refaire au Sahel mais, si les décisions prises hier sont suivies d’effet, ils s’y heurteront à de vraies forces.

On va voir mais, au moins, la voie prise est elle bonne et, peut-être, un espoir suscitant l’autre, les Européens vont-ils enfin se décider à coordonner entre eux l’accueil des réfugiés plutôt que de continuer à laisser l’Italie faire face seule ou presque à ce drame. Des conversations se sont engagées hier à Paris et, là aussi, quelque chose parait s’amorcer.

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