Deuxième chronique du bilan de l'année internationale.

Un enfant le comprendrait. Dès lors que les Européens n’ont virtuellement plus de parapluie américain, dès lors que les Etats-Unis, comme on le disait hier, se détournent du vieux monde, le nôtre, où ils estiment n’avoir plus d’intérêt stratégique à défendre, nous pouvons ou bien escompter que notre pacifisme nous préserve de la guerre, ou bien bâtir une Défense européenne dont la constitution passe par l’affirmation d’une Europe politique. 

Nul besoin d’être belliciste pour considérer que cette seconde option serait plus raisonnable mais l’ennui est que ce qu’il faudrait faire paraît chaque jour plus irréalisable. 

La première raison en est qu’il n’y a pas d’unité européenne possible sans une volonté politique qu’incarnaient, depuis la fin de la Guerre, les deux principales forces paneuropéennes, présentes dans toute l’Europe, que sont la démocratie-chrétienne et la social-démocratie. A l’exception du moment gaulliste en France, c’est entre cette gauche et cette droite que s’organisait la démocratie mais ces deux forces sont maintenant en crise. 

Elles le sont car ni l’une ni l’autre ne peuvent plus parer les régressions sociales parce que les Etats nations ne font plus le poids face à un argent sans frontières qui peut se jouer de leurs lois, que seule une puissance publique continentale pourrait restaurer un rapport de force avec les marchés mais que les électeurs n’en veulent pas car ce à quoi ils aspirent est le retour aux cadres nationaux dans lesquels s’étaient négociés les compromis sociaux d’après-guerre. 

La peur et la nostalgie d’un passé révolu aveuglent les électorats européens, les détournent des sociaux-démocrates et des démocrates-chrétiens et les rapprochent des nouvelles extrêmes-droites nationalistes dont la force croissante prive l’unité européenne des formations à même de la défendre et de l’enraciner. 

La deuxième raison pour laquelle l’affirmation d’une Europe politique paraît si difficile est que les extrêmes-droites sont désormais aux commandes de plusieurs des pays de l’Union et torpillent, de l’intérieur, cette ambition qui apparaît ainsi toujours plus vaine.

Quant à la troisième raison pour laquelle l’Europe politique ressemble toujours plus à un mirage, elle est tout bêtement qu’il est difficile de mobiliser des électeurs pour une chose à laquelle il est toujours plus difficile de croire. 

Bien que majoritaire, le parti européen est ainsi sur la défensive en Europe parce qu’il est divisé, démoralisé et dispersé alors que les europhobes ont pour eux la clarté du "Rétablissons les frontières et brûlons Bruxelles" auquel s’ajoute maintenant un "Fermons nos ports avant d’être submergés". 

L’Union prend l’eau mais tout est-il vraiment perdu ? Réponse demain, dans la troisième chronique de ce bilan de l’année internationale. 

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