Les Occidentaux condamnent la loi sécuritaire chinoise, mais n’ont guère les moyens d’infléchir la politique de Pékin. La Chine a reçu le soutien de 53 États au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, comble d’hypocrisie et signe du poids économique chinois.

Manifestant arrêté mercredi 1er juillet à Hong Kong, jour de l’entrée en vigueur de la loi chinoise sur la sécurité nationale, qui prévoit des peines allant jusqu’à la prison à vie.
Manifestant arrêté mercredi 1er juillet à Hong Kong, jour de l’entrée en vigueur de la loi chinoise sur la sécurité nationale, qui prévoit des peines allant jusqu’à la prison à vie. © AFP / DALE DE LA REY / AFP

Lorsqu’un événement se produit qui menace les droits de l’homme, le réflexe immédiat des opinions occidentales est de s’indigner, de réclamer une action internationale, de trouver qu’on n’en fait pas assez. 

C’est ce qui se passe concernant la loi sur la sécurité imposée par Pékin à Hong Kong, aussitôt mise en œuvre puisque certains des manifestants interpelés mercredi l’ont été dans le cadre de cette législation draconienne ; elle prévoit, rappelons-le, des peines allant jusqu’à la prison à vie. L’un des leaders des activistes pro-démocratie, Nathan Law, a d’ailleurs fui hier le territoire pour se réfugier à l’étranger.

Les pays occidentaux ont condamné l’action de Pékin, dont la loi contredit le traité international sur l’autonomie de Hong Kong, et fait tomber une chape de plomb sur le territoire ; Mais rien de ce qui s’est dit ou fait ne fera reculer le pouvoir chinois qui a pris sa décision en sachant qu’elle provoquerait un tollé.

La Chine a fait en sorte de devenir difficile à atteindre. D’abord parce que sanctionner un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, doté du droit de véto, est littéralement impossible. Le Traité sino-britannique sur Hong Kong a certes été déposé auprès de l’ONU, mais Pékin ne laissera jamais passer une condamnation.

Ensuite, Pékin a tissé ces dernières années, avec la force de son économie, des liens qui lui servent dans des moments de forte tension. On l’a vu, avec tout le cynisme dont sont capables les relations internationales, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU : sur proposition de Cuba, une motion soutenant la loi chinoise a reçu le soutien de 53 États, contre seulement 27. Parmi les soutiens de la Chine, les régimes les plus autoritaires comme l’Iran et l’Arabie saoudite, pour une fois unis, ou encore la Corée du nord, mais aussi tous les membres africains de ce Conseil de l’ONU, sans exception, le Maroc, ou encore le Soudan qui vient pourtant de se débarrasser de son dictateur. De l’autre côté, les Européens, ou le Japon, bien isolés… 

Une deuxième motion, déposée cette fois par le Belarus, a été approuvée, soutenant la politique chinoise concernant la minorité ouigour.

Les intérêts économiques priment, évidemment ; c’est valable pour les pays « clients » de la Chine dans le cadre des « Routes de la soie », mais aussi pour les Occidentaux, qui ne sont pas prêts à sacrifier leurs intérêts économiques pour tenter de sauver Hong Kong.

En 1989, après le massacre de Tiananmen, des sanctions économiques et un embargo sur les armes avaient été imposés. Mais deux ans plus tard, les réformes économiques reprenaient, et, sans la moindre contrepartie politique, les Occidentaux se sont lancés en Chine dans la plus grande période d’investissements que le monde a connu. 

La Chine d’aujourd’hui n’est plus celle de 1989 : elle est devenue la deuxième puissance mondiale, et a connu un sérieux durcissement politique. 

Les Européens veulent éviter de tomber dans la logique de guerre froide favorisée par Donald Trump ; mais la radicalisation des deux superpuissances leur laisse peu de choix. L’approche équilibrée voulue par les Européens se heurte au désordre croissant du monde : Hong Kong est devenu un test cruel de puissance, et à ce jeu, la Chine est aujourd'hui la plus forte.

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