La France l’ignore mais elle passionne aujourd’hui l’Europe. La droite européenne se demande si les Français vont ou non confirmer, dimanche, le tournant conservateur de l’Union. Elle l’espère, tandis que la gauche européenne le redoute car, pour elle, l’enjeu français , bien sûr, est de taille. Si les socialistes français créaient la surprise et revenaient aux commandes, la gauche italienne, du moins se le dit-elle, se sentirait plus forte face à Silvio Berlusconi, moins isolée, plus à même de défendre, en Italie, un projet cohérent pour l’Europe. La social-démocratie suédoise se tient le même raisonnement, avec d’autant plus d’anxiété qu’elle avait failli perdre le pouvoir aux dernières élections et que la Suède vote, en septembre. En Autriche, les sociaux-démocrates sont sur des charbons ardents car une victoire de la droite française ne les aiderait certainement pas à rebondir après leur défaite d’il y a deux ans contre la droite et l’extrême-droite. Et puis, globalement parlant, toute la gauche européenne considère que les élections allemandes du 22 septembre se joueront, en partie, en France car un sursaut de la gauche française redonnerait espoir au SPD, lui redonnerait des chances de conserver le pouvoir aux élections de septembre et, donc, d’inverser la tendance européenne sur laquelle tablent les chrétiens-démocrates. On parle de l’Europe politique. Les uns sont pour. D’autres sont contre mais, à entendre les raisonnements de la gauche et de la droite européennes, l’Europe des urnes existe déjà - rose il y a cinq ans, virant désormais au bleu, y tendant en tout cas dans des mouvements si parallèles, mêmes débats, même résurgence de l’extrême-droite, même hésitation des gauches entre les plus défavorisés et les classes moyennes, que c’est l’ombre de la présidentielle française qui planait, hier, sur le congrès du SPD. A trois mois et trois semaines des élections allemandes, Gerhard Schröder n’y avait visiblement que la France en tête. Perdant dans les sondages qui placent son parti quatre à cinq point derrière la droite, le chancelier a gauchi son discours. Ce n’était plus « die neue mitte », le nouveau centre dont il avait fait son slogan au dernier scrutin. C’était la gauche, gauche contre droite, une gauche « renouvelée et cohérente », a-t-il dit, une gauche qui contrairement aux socialistes français, ne veut pas laisser sa gaucher s’abstenir ou se disperser, qui veut faire le plein de ses voix en commençant par réunir et mobiliser son électorat. « Le programme des démocrates-chrétiens, a lancé Gerhard Schröder, n’est pas solide, pas sérieux, pas honnête mais il n’est, avant tout, pas humain », a-t-il ajouté, accusant la droite de préparer une « régression sociale », de trop vouloir réduire la part de l’Etat dans l’économie alors que « seuls les riches, a-t-il lancé, peuvent s’offrir un Etat pauvre ». Hier, Gerhard Schröder s’est posé en défenseur de l’économie sociale de marché, du modèle européen, contre la droite et le patronat qui proposent, eux, plus de libéralisme à l’Allemagne. Sur l’échiquier européen, le SPD passe à la gauche du PS par crainte de connaître la même défaite - ce « douloureux réveil» auquel le chancelier a fait allusion.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.