Il y a un moment à méditer, dans l’interview que Barack Obama vient de donner à la BBC. Appelé à réagir aux réserves suscitées par son choix du Caire, de la capitale d’un pays fort peu respectueux des libertés, pour aller s’adresser, jeudi, au monde arabo-musulman, il répond qu’il y a « évidemment » des problèmes de droits de l’homme au Proche-Orient mais que ni les Etats-Unis ni aucun autre pays ne devrait « faire la leçon » en ce domaine mais plutôt donner l’exemple. « Il est dangereux de penser, explique-t-il, que nous puissions simplement imposer ces valeurs à d’autres. L’essentiel, poursuit-il, est de servir de rôle modèle et c’est pourquoi la fermeture de Guantanamo, aussi difficile qu’elle soit, est de ce point de vue importante ». Comme à son habitude, Barack Obama évite, là, toute polémique. Au lieu de dire en quoi d’autres points de vue sont, à ses yeux, erronés, il s'en tient à ce qu’il pense mais, explicitons le propos qui fait écho à un débat particulièrement vif en France. Les Etats démocratiques ne peuvent pas prendre en charge la défense des droits de l’homme de par le monde. Cela choquera mais ils ne le peuvent ni ne le doivent parce que les démocraties sont loin d’être majoritaires sur les cinq continents, que des pays aussi grands, puissants ou influents que la Chine, l’Iran, la Russie, la Syrie, des pays avec lesquels elles doivent compter, sont tout sauf démocratiques et que les Etats, enfin, ont des intérêts propres à défendre, économiques, politiques, stratégiques et qu’il est difficile de négocier avec des gouvernements tout en leur disant leurs quatre vérités. Cela choquera mais la France, par exemple, ne peut pas sacrifier ses relations avec la Chine à la cause tibétaine, si juste soit-elle, et lorsque Barack Obama s’attelle à la résolution des crises proche-orientales, il ne peut pas plus ignorer la centralité du Caire que s’y faire accueillir pour dénoncer le gouvernement égyptien dont ses efforts de paix ont besoin. Barack Obama le dit parfaitement bien, en quelques mots : ce que les Etats démocratiques peuvent, doivent, devraient faire pour défendre les droits de l’Homme, c’est être eux-mêmes irréprochables en ce domaine afin que les peuples vivant sous des régimes policiers puissent voir ce qu’est la démocratie, ce qu’elle devrait être, et se réclamer de cet exemple dans leur lutte pour la liberté. Quand les Etats-Unis de Georges Bush veulent exporter la démocratie à coup de bombes, autorisent la torture et créent Guantanamo, une oubliette, la négation la plus éhontée qui soit de tous les principes du droit, ils ne défendent pas la démocratie, ils la tuent. Quand les Etats-Unis élisent un président qui interdit la torture et ferme Guantanamo, ils montrent ce qu’est la liberté, lavent son honneur, lui rendent sa si puissante exemplarité. Plutôt que dénoncer les dictatures – ce qui est toujours sélectif et, le plus souvent, inutile – les démocraties ne doivent pas tolérer chez elle la plus petite bavure policière, encore moins une loi liberticide, et c’est à leurs citoyens, leurs partis, leurs journaux, pas à leurs Etats, de demander des comptes aux dictateurs.

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