Toute crise modifie la donne et, de cette affaire de la flottille, naissent ainsi plusieurs changements au Proche-Orient. Le plus immédiat est que la pression internationale en faveur d’une levée du blocus de Gaza s’est considérablement accrue. Ce siège c’en est un avait été conjointement organisé par Israël et l’Egypte qui ne voulaient ni l’un ni l’autre que la main mise des islamistes sur cette bande de terre ne leur permette de s’imposer en principal représentant des Palestiniens et de marquer, par là, des points dans l’ensemble de la région. L’objectif était que les conditions de vie de Gazaouis deviennent assez impossibles pour qu’ils se révoltent contre le Hamas et lui infligent une défaite politique mais ce calcul a échoué. Non seulement il n’y a pas eu de révolte contre les islamistes qui ont, au contraire, utilisé le blocus pour imposer un strict contrôle policier de ce mouchoir de poche mais le sort de cette population a suscité un malaise toujours plus grand, une émotion, des protestations et une sympathie qui ont tourné à l’avantage du Hamas et que l’arraisonnement de la flottille humanitaire a décuplés. Soutenue par la Turquie, cette opération a si largement réussi à mettre en question le blocus que l’Egypte a, maintenant, décidé d’entrouvrir sa frontière avec Gaza. Le siège n’est déjà plus total et le gouvernement israélien aura de plus en plus de mal à le maintenir car Israël est désormais pressé, de toutes parts, de le lever. Ce blocus est « contre-productif, intenable et immoral, vient de déclarer le secrétaire général de l’Onu. Il doit être immédiatement levé », a-t-il ajouté et Tony Blair, émissaire commun des Etats-Unis, de l’Europe, de la Russie et de l’Onu pour le Proche-Orient, ne dit plus autre chose. Israël « devrait laisser passer le matériel destiné à reconstruire les maisons, les systèmes sanitaire, de distribution d’eau et d’électricité », dit Tony Blair et, parallèlement, la Ligue arabe s’est déclarée décidée, hier soir, à « défier et briser par tous les moyens le blocus israélien ». Votée au Caire par plusieurs pays, dont l’Egypte, qui avaient été totalement favorables au siège de Gaza, cette résolution est à bien des égards stupéfiante mais, au-delà de son hypocrisie, elle marque la profondeur du retournement de situation. Sur Gaza, Israël est aujourd’hui totalement isolé et, deuxième changement de donne, cette évolution accroît significativement les moyens de pression des Etats-Unis sur le Premier ministre israélien. S’il ne veut pas être lâché par la Maison-Blanche et se retrouver, alors, affaibli sur sa scène intérieure, Benjamin Netanyahu va devoir faire plus de concessions qu’il ne l’envisageait à Barack Obama qui veut voir avancer les négociations de paix. De cette crise pourrait, peut-être, sortir un mieux et, en attendant, troisième changement, la Turquie s’est imposée, là, en chef de file du monde musulman. Membre de l’Otan et alliée des Etats-Unis, elle a réussi, par cette opération flottille, à démontrer au monde arabe qu’il y avait plus à attendre de la politique que du terrorisme ou de l’invective iranienne. C’est un progrès, non négligeable.

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