La coalition arabo-occidentale formée pour lutter contre l’Etat islamique s’est donc réunie hier à Paris. Après la chute de Ramadi, en Irak, et celle de Palmyre, en Syrie, alors que les jihadistes sont maintenant à deux heures de Damas et de Bagdad, on aurait dû pouvoir attendre quelque chose de cette réunion mais elle n’a, comme prévu, rien donné.

Les Irakiens ont accusé les Occidentaux de ne pas en faire militairement assez. Les Occidentaux ont accusé le pouvoir irakien, dominé par la majorité chiite du pays, de ne pas assez s’ouvrir à la minorité sunnite pour la rallier à la lutte contre l’Etat islamique. Ce fut un véritable échange de tirs verbaux et l’on s’est séparé sur la formulation de vœux pieux, d’appels à un gouvernement plus « inclusif » à Bagdad et à une transition politique en Syrie qui permettrait une union nationale contre les jihadistes.

Tout cela est tellement vain que, prévisible ou pas, c’en est gênant mais il ne pouvait pas en être autrement pour deux raisons.

La première est qu’Européens et Américains, les Occidentaux ne veulent pas relayer les frappes aériennes par des interventions terrestres parce que l’Europe n’en aurait guère les moyens et que l’Amérique ne veut plus que ses soldats meurent au Proche-Orient. Le seul pays qui serait capable d’envoyer des troupes au sol serait donc l’Iran.

L’Iran chiite y est plus que disposé car les jihadistes sunnites de l’Etat islamique sont, pour lui, des adversaires de tout premier plan mais, double problème, on voit mal les Occidentaux entrer dans une alliance militaire avec Téhéran tant que la question du nucléaire ne sera pas résolue et, quand bien même elle le serait, les pays sunnites ne veulent à aucun prix laisser l’Iran chiite intervenir encore plus massivement qu’aujourd’hui en Irak et en Syrie car le rapport de forces régional entre les deux religions de l’islam en serait encore plus déséquilibré, en faveur des chiites.

La deuxième raison du blocage actuel est qu’il ne pourra rien être fait de sérieux contre l’Etat islamique tant que la Syrie demeurera ce qu’elle est devenue, un Etat éclaté, morcelé entre un régime désormais très affaibli et des groupes armés rivaux sur lesquels les troupes et l’aviation de Bachar al-Assad concentrent tous leurs coups alors qu’elle ménagent l’Etat islamique dans l’espoir d’amener les Occidentaux à faire front avec elles contre la menace qu’il constitue.

D’où l’importance d’arriver à une transition politique à Damas mais cette transition, ni les Russes ni les Iraniens ne sont encore prêts à l’accepter puisque la Russie ne veut rien faire qui puisse faciliter les choses aux Occidentaux et que l’Iran joue la survie du régime Assad, un régime issu du chiisme et qui est son principal allié régional.

C’est ce qui s’appelle une quadrature du cercle dans laquelle l’Etat islamique a tout le temps de consolider son emprise sur les territoires qu’il s’est adjugé.

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