Le Président américain a fait précéder son arrivée de véritables ingérences dans la politique britannique, humiliantes pour Theresa May, la première ministre démissionnaire qui l’accueille. Mais Trump est déjà en campagne pour 2020…

Donald Trump accueille Theresa May à la Maison Blanche, le 27 janvier 2017. Pas de « special relationship » avec ce Président-là.
Donald Trump accueille Theresa May à la Maison Blanche, le 27 janvier 2017. Pas de « special relationship » avec ce Président-là. © AFP / OLIVIER DOULIERY / CONSOLIDATED / dpa Picture-Alliance

Difficile de faire pire. Donald Trump arrive ce lundi à Londres pour une visite d’Etat de trois jours, le plus haut niveau en terme de protocole, et il a fait précéder son arrivée de déclarations très provocatrices, véritables ingérences dans la politique intérieure britannique. En retour, il n’y a pas que des amabilités : le maire de Londres, Sadiq Khan, l’a accusé de tenir des propos « fascistes », et le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, boycottera ce soir le dîner de gala offert par la Reine.

Donald Trump dit ce qu’il pense, et les médias britanniques se sont empressés de lui tendre des micros complaisants. Il a ainsi vertement critiqué l’accord sur le Brexit négocié par Theresa May - qui a dû apprécier. Il a souligné que s’il avait été à sa place, il aurait claqué la porte de l’Union européenne, refusé de payer les quelque 42 milliards d’euros que Londres va devoir débourser, et qu’il aurait même poursuivi les 27 en justice.

Ce n’est pas tout, le président américain a ses chouchous en politique britannique : Nigel Farage, le leader pro-Brexit, dont il recommande que le prochain premier ministre l’envoie négocier avec les Européens, et Boris Johnson, candidat à la succession de Theresa May, dont Trump partage au moins la coupe de cheveux et un peu de démagogie. Le soutien public de Trump à ces deux hommes a soulevé une tempête à Londres.

Donald Trump n’attend qu’une seule chose de cette visite : des photos avec la Reine Elizabeth et la famille royale, en carrosse à travers les rues de Londres, en habit à Buckingham Palace. Car Donald Trump est déjà en campagne électorale, même si le scrutin américain est dans dix-sept mois. Le Président a fait savoir qu’il annoncerait le 18 juin sa candidature à un second mandat, et c’est désormais tout ce qui compte.

D’autant qu’il aura en face de lui une première ministre démissionnaire pour laquelle il n’a que du mépris ; et un Parti conservateur en lambeaux, qui doit choisir cet été un nouveau leader pour sortir de l’enfer du Brexit.

Et pour aggraver le tableau, un sondage publié hier donnait pour la première fois le Brexit Party de Nigel Farage en tête des intentions de vote en cas de législatives, et un effondrement quasi-total du Parti conservateur.

Dans ce climat, la visite d’un tel Président est au mieux une distraction, au pire un élément de plus du chaos politique du royaume.

Les deux pays sont pourtant deux alliés très proches, c’est le paradoxe. Lorsqu’ils ont choisi le Brexit, les Britanniques pensaient que les États-Unis ouvriraient grand les bras à leur stratégie de redéploiement mondial, au nom de la « special relationship », cette « relation particulière » ainsi baptisée par Churchill après la guerre.

Mais avec Donald Trump, le vieux principe selon lequel les États n’ont pas d’amis mais seulement des intérêts est de retour. Si Londres veut un traité de libre-échange avec Washington, il faudra négocier durement ; rien n’est gratuit avec « Monsieur deal ».

Rien de tel, finalement, qu’une visite de Donald Trump pour vous faire regretter l’Europe. De nombreux Britanniques sont conscients qu’ils risquent de perdre sur tous les tableaux ; mais pour l’heure, ils vont serrer les dents, et attendre que ça passe.

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