Donald Trump et Joe Biden, les deux candidats de l’élection présidentielle de novembre aux États-Unis, se révèlent dans la double crise que traverse l’Amérique. Aux électeurs de choisir entre deux attitudes diamétralement opposées.

Donald Trump, la Bible tendue vers le ciel, lundi 1er juin devant l’église St John, en face de la Maison Blanche, sous haute sécurité.
Donald Trump, la Bible tendue vers le ciel, lundi 1er juin devant l’église St John, en face de la Maison Blanche, sous haute sécurité. © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Ce sont deux images qui capturent, à quelques heures d’intervalle, le choix que devront faire les électeurs américains dans à peine cinq mois. Deux photos soigneusement mises en scène au cœur de la période doublement tragique que traversent les États-Unis.

Sur la première, le Président, Donald Trump, se tient dans un geste de défi, la Bible tendue vers le ciel, devant une église de Washington DC protégée par le Secret service ; sur la seconde, son challenger démocrate, Joe Biden, a le genou à terre devant un homme noir et une fillette, le visage masqué contre le coronavirus.

Faites vos choix, tout est dit : d’un côté, le candidat du « law and order », la loi et l’ordre, la Bible et le fusil, comme au temps des pionniers ; le visage sans masque car aux États-Unis, les hommes, les vrais, ne portent pas de masques. La mise en scène est totale, répondant aux informations selon lesquelles Donald Trump avait été emmené la veille dans un bunker, en pleine émeute. 

De l’autre, là aussi chaque détail compte, le genou à terre de l’homme qui aspire à devenir Président est un geste d’humilité et de compassion en ces temps de violence et de déchirement ; et le masque marque le respect de la science, le bon sens des gestes barrière qui s’appliquent à tous, même aux plus puissants.

Joe Biden, masqué, lors d’une visite à l’église Bethel, dans le Delaware, le 1er juin, à la rencontre d’une communauté noire.
Joe Biden, masqué, lors d’une visite à l’église Bethel, dans le Delaware, le 1er juin, à la rencontre d’une communauté noire. © AFP / JIM WATSON / AFP

Dans une large mesure, cela résume vraiment le choix de l’élection de novembre, car si ce sont les crises qui révèlent les qualités d’un dirigeant, les États-Unis sont servis. Les deux crises parallèles, le coronavirus et la violence contre les Noirs, en disent long sur les deux candidats.

Donald Trump a fait du … Donald Trump : son premier réflexe est de s’adresser à sa base électorale, pas à la nation toute entière. Et face à cette Amérique blanche conservatrice, il bombe le torse, et refuse de voir le problème autrement qu’en termes de maintien de l’ordre.

Il s’attire des critiques aussi variées que celle de l’évêque de l’église devant laquelle il se tenait sur la photo, et qui a dénoncé le geste « hypocrite » d’un homme qui ne prie même pas… Ou ce cri du cœur du chef de la police de Houston adressé à Trump : « si vous n’avez rien de constructif à dire, fermez-la »…

Pour sa part, l’ancien vice-président de Barack Obama avait eu du mal à exister pendant le confinement, contraint de faire des vidéos de son salon. Il se révèle à ce moment décisif pour l’Amérique, au point que certains qui doutaient le trouvent désormais « présidentiel ».

Mettre un genou à terre comportait une part de risque. Ce geste est devenu symbolique depuis que le joueur de football américain Colin Kaepernick l’a fait pendant l’hymne national dans un stade il y a trois ans. C’est devenu un synonyme de « trahison » pour la droite américaine.

Biden a assumé le genou à terre et le masque, deux symboles honnis par les partisans de Trump, et a eu les mots qu’il fallait, de compassion et de promesse de changement qu’un Président aurait dû prononcer.

Tout ça ne permet pas de savoir qui peut l’emporter, cinq mois c’est long dans ce contexte troublé ; mais au moins les électeurs américains choisiront-ils en connaissance de cause, entre deux hommes, deux comportements politiques ; deux photos.

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