C’est historique, une majorité a pu être trouvée pour chasser Benyamin Netanyahou du pouvoir pour la première fois en douze ans ; mais cette coalition réunit des forces difficilement compatibles, y compris des Islamistes israéliens.

Naftali Bennett, un ancien protégé de Netanyahou, dont le ralliement à la coalition d’opposition a permis de réunir une majorité très large, voire contradictoire.
Naftali Bennett, un ancien protégé de Netanyahou, dont le ralliement à la coalition d’opposition a permis de réunir une majorité très large, voire contradictoire. © AFP / RONEN ZVULUN / POOL / AFP

Israël a sans doute vécu hier l’une des journées politiques les plus folles de son histoire. 

Une journée de tractations, de marchandages, de transactions, qui s‘est achevée quelques minutes seulement avant minuit, l’heure limite pour que l’opposition puisse réunir une majorité. 

A l’arrivée, le résultat est historique : sauf nouveau coup de théâtre qui n’est pas à exclure d'ici au vote d'investiture de la Knesset dans dix jours, Benyamin Netanyahou devrait donc quitter le pouvoir après douze années consécutives, et une présence totale à la tête du pays plus longue que le fondateur de l’État, Ben Gourion.

C’est d’ailleurs le principal facteur qui unit l’incroyable coalition de ses adversaires. Leur mot d’ordre : « T.S.B. », « Tout sauf Bibi », le surnom populaire de Netanyahou. 

Cette coalition va ainsi de l’extrême droite pro-colonisation à la gauche pacifiste, et dispose même du soutien, c’est sans précédent, d’un parti islamiste élu par les Palestiniens d’Israël ! Rien, mais alors rien ne les unit, si ce n’est l’ardent désir de voir partir Netanyahou, sa présence clivante et ses casseroles judiciaires.

Quel peut-être le programme d’une telle coalition ? Tourner la page Netanyahou : c’est la principale ambition de ce gouvernement dont la durée de vie doit déjà faire l’objet de paris chez les bookmakers.

Le problème est justement qu’une fois la catharsis accomplie, la coalition risque fort de se retrouver face à ses contradictions, et elles sont nombreuses. Car si c’est le centriste Yair Lapid qui s’est vu confier le mandat pour former un gouvernement, après quatre élections consécutives non-concluantes, il a dû ratisser très large.

Lapid est allé chercher Naftali Bennett, un ancien protégé de Netanyahou, qui, pour prix de sa défection, a obtenu d’être le premier chef du gouvernement dans une rotation des chefs. Bennett est à la fois un millionnaire du numérique, un ancien leader des colons juifs de Cisjordanie, classé à l’extrême droite, et religieux.

Comment un homme avec un tel profil va-t-il cohabiter avec le Meretz, le dernier survivant de la gauche laïque, favorable à la paix avec les Palestiniens ? Et comment expliquer le soutien apporté par le parti islamistes Ra'am de Mansour Abbas (sans rapport avec Mahmoud Abbas, le Président de l'Autorité palestinienne qui contrôle la Cisjordanie occupée) à une telle coalition ?

Ce soutien d’un leader islamiste est le plus étonnant, c’est une grande première, en tous cas, depuis la création d’Israël. En fait, Mansour Abbas a calqué sa stratégie sur celle des partis religieux juifs comme le Shas séfarade, pilier de toutes les coalitions depuis des décennies en négociant des avantages économiques pour sa communauté. Mansour Abbas a fait pareil, obtenant des avantages sociaux pour les citoyens palestiniens d’Israël, ceux de 1948.

La seule certitude, au lendemain de cet accord invraisemblable, c’est que ça ne changera rien au conflit israélo-palestinien. La question n’est même pas évoquée, vu qu’elle divise profondément. 

Deux semaines après la fin de la guerre avec le Hamas à Gaza, cette question est déjà oubliée dans l’agenda politique israélien, encore et toujours obsédé par le personnage de Benyamin Netanyahou. Il sera toujours temps d’y penser quand il sera parti…

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