Sur cette antenne, Jean-Marie Le Pen écartait hier les critiques de ses positions sur l’Europe en faisant valoir que des pays comme la Norvège ou la Suisse, ne faisaient pas partie de l’Union et que la Grande-Bretagne n’avait pas adopté l’Euro. « Peut-on recevoir cet argument ? ». C’est à cette question, ainsi résumée, qu’un auditeur lyonnais souhaiterait que Jacques Chirac réponde tout à l’heure, quand il sera l’invité de France Inter, et qu’il soit, en tout cas, répondu dans cette chronique. Alors faisons-le. La Grande-Bretagne, jusqu’aujourd’hui, a toujours eu du mal à trouver un nouveau rôle international après l’écroulement de son empire, à choisir entre deux places dans le monde, celle d’une puissance européenne, l’une des plus grandes avec la France et l’Allemagne, et celle d’allié privilégié des Etats-Unis, de cousin de l’Amérique qui ne saurait donc s’intégrer à l’Europe, l’autre puissance en devenir. C’est pour cela que la Grande-Bretagne n’a pas été signataire du traité de Rome, de l’acte fondateur de l’Union, et toujours été, ensuite, à la traîne de ses partenaires, négociant l’étape de la veille quand les autres abordaient la suivante. C’est ce qui se passe, aujourd’hui, avec l’Euro. Les Britanniques, un peu comme nos souverainistes, n’y ont, d’abord, pas cru. Puis quand la monnaie unique a pris forme, ils ont tempêté, enragé, protesté et lorsqu’il est devenu patent qu’elle se ferait, Tony Blair, à la fin de l’année dernière, s’est adressé à ses compatriotes pour leur dire que le Royaume-Uni devrait enfin se résoudre à monter dans le locomotive plutôt que de sauter dans le wagon de queue. Les syndicats britanniques souhaitent l’entrée dans l’euro car ils voudraient pouvoir s’appuyer sur les normes sociales en vigueur sur le continent pour améliorer les leurs qui n’ont rien d’enviable. L’industrie britannique réclame la monnaie unique à cor et à cris car le maintien de la Livre, de ses fluctuations et de ses obligations de change, pénalise les exportations vers l’euroland. Toutes les forces vives du pays souhaitent l’entrée dans l’euro et Tony Blair a entrepris de la réaliser, contre les conservateurs, contre ceux des électeurs qui voient déjà Buckingham s’écrouler si leur monnaie changeait. Alors, oui, la Grande-Bretagne n’est pas dans l’euro mais elle le regrette. Quant à la Suisse et la Norvège, leurs cas sont assez parallèles. L’une a le pétrole et le gaz, l’autre un secret bancaire qui draine les fortunes du monde. L’une et l’autre pensent ainsi pouvoir se débrouiller seules, assises sur leur pactole et vivant de leurs rentes. Elles en vivent, oui, c’est vrai, comme des rentiers, à l’écart du monde et de ses transformations, en danger de sclérose et l’une et l’autre désireuses d’avoir le beurre et l’argent du beurre, des accords avec l’Union, ses avantages mais pas ses obligations. Ca ne durera pas. Il est tellement évident que ca ne peut pas durer que, dans ces deux pays, la guerre faire rage entre adversaires et partisans de l’Union. L’Europe est un choix. On peut en être ou pas. On peut choisir l’avenir ou le passé.

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