Faut-il s’en réjouir ou le regretter ? S’en inquiéter ou considérer, au contraire, que ce rejet du plan Sharon par les militants de son propre parti pourrait, au moins, ramener la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien sur les rails du droit international ? La réponse est tout, sauf évidente. Elle est aussi difficile que ce plan est ambigu, d’autant moins claire, de surcroît, que le désaveu essuyé, hier, par Ariel Sharon n’implique pas forcément qu’il renonce à son projet, aussi largement approuvé par l’opinion israélienne qu’il a été massivement rejeté par le Likoud. A priori, tout démantèlement de colonies israéliennes en territoire palestinien est une bonne chose. L’occupation, au lieu de s’étendre, en recule et le plan Sharon prévoit le démantèlement de toutes les colonies de Gaza sans exception, le premier retrait massif auquel procéderait Israël depuis 1967. Le problème est qu’il n’est pas prouvé que le premier ministre israélien souhaite inscrire ces démantèlements dans un retrait par étape de l’ensemble des Territoires occupés. Pour l’heure, il veut, au contraire, les coupler avec un regroupement des colonies de Cisjordanie qu’il place toutes du côté israélien de la barrière de sécurité, du mur qu’il est en train d’ériger. Tout laisse penser que la perspective du Premier Ministre, perspective qu’il pourrait maintenant relancer par un référendum national, contre son propre parti, est de n’abandonner Gaza que pour annexer une partie de la Cisjordanie et tracer unilatéralement les futures frontières entre Israël et une Palestine coupée en deux. Si telle est bien son ambition cachée, elle serait la recette du désastre. Le droit international étant, alors, bafoué, les Palestiniens seraient fondés à ne pas déposer les armes et pourraient continuer à justifier le recours au terrorisme en disant qu’ils utilisent les seuls moyens à leur disposition. Ce ne serait pas la paix, même injuste. Ce ne serait certainement pas la fin du terrorisme et le paradoxe est qu’Ariel Sharon procéderait à ces replis sans aucune contrepartie palestinienne, sans obtenir, en échange, et pour cause, la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens et le monde arabe. Pire encore ce plan permettrait au Hamas de proclamer, comme après le retrait du Sud-Liban, que la lutte armée a payé et qu’il faut la poursuivre jusqu’à la fin d’Israël. Ariel Sharon le sait mais son idée est que mois après mois, il finira par avoir raison du Hamas et que les Palestiniens n’auront, à ce moment-là, plus d’autre choix que d’accepter les frontières qu’il leur propose. Fondé sur l’illusion d’une victoire militaire, ce plan n’est, ou n’était, pourtant pas totalement négatif car, quelles que soient ses arrière-pensées, il libère Gaza, crée un précédent, tourne la page du Grand Israël et laisse ouverte, pour des jours meilleurs, avec des hommes de plus grande raison, la possibilité d’une négociation sur la Cisjordanie, c’est-à-dire d’une vraie paix. Faut-il alors se réjouir qu’une fausse piste ait été fermée, fût-ce par l’intransigeance de la droite de la droite ou regretter la dynamique qui aurait pu s’ouvrir ? Trop tôt pour le dire car on ne sait pas encore si ce raté profitera au camp de la paix ou à celui de la guerre.

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