C’était encore la Guerre froide mais déjà la détente. L’URSS et les Etats-Unis, les deux superpuissances de l’époque, cherchaient à la fois à réduire leurs risques d’affrontement et à consolider l’équilibre international, celui de la terreur, en en gardant la maîtrise. S’est ainsi que fut signé, en 1970, dans un mouvement global de réduction des armements, le Traité de non prolifération nucléaire, le TNP, dont les 187 Etats signataires sont réunis, depuis hier, à New York, comme tous les cinq ans, pour débattre de son application. L’idée de ce Traité était simple. Il s’agissait de limiter le nombre des puissances nucléaire aux cinq connues ou déclarées à cette date – la Grande-Bretagne, la France, la Chine et bien entendu, l’URSS et les Etats-Unis – en faisant obligation aux signataires de ne pas chercher à se doter d’armes atomiques et, pour ce qui était des cinq, de ne pas aider d’autres pays à y accéder et de marcher eux-mêmes vers le désarmement nucléaire. En échange de leur renoncement à la bombe, les pays qui ne la possédaient pas étaient assurés de pouvoir librement accéder au nucléaire civil et d’y être même aidés à condition de se soumettre à des contrôles confiés à l’Agence internationale pour l’énergie atomique, celle-là même qui connut son heure de gloire dans les mois qui ont précédé l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Irak. L’un dans l’autre, le TNP a rempli sa fonction. On n’en est toujours pas aux dizaines d’Etats nucléaires que l’on craignait de voir apparaître il y a trente-cinq ans mais si le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, s’est montré sombre, hier, à l’ouverture de cette conférence, s’il a pu constater que les dispositions du Traité n’avaient pas suivi « le rythme de la technologie et de la mondialisation », c’est que le TNP finit par dater. Conçu pour un monde régi par deux blocs, il n’est plus forcément adapté à un monde de désordre où la seule puissance des Etats-Unis ne suffit pas à imposer un cadre commun. Premier problème, trois pays n’ont pas signé ce Traité, le Pakistan, l’Inde et Israël et si Israël ne reconnaît pas posséder l’arme atomique, tous trois l’ont et aucun d’eux n’est prêt à y renoncer car le Pakistan veut pouvoir dissuader l’Inde de l’attaquer et vice versa tandis qu’Israël la regarde comme son assurance vie contre le monde arabe. Non seulement cette situation a permis au Pakistan, dans des temps tout juste révolus, de contribuer à la nucléarisation de la Corée du Nord, de la Libye et, peut-être, d’autres pays, mais ce trou dans le Traité, le seul fait qu’il suffise de ne pas en être signataire pour pouvoir se doter de la bombe sans se mettre en infraction avec la loi internationale, suscite des convoitises. La Libye a fini par renoncer à ses programmes mais deux pays poursuivent les leurs, la Corée du Nord qui s’en vante et l’Iran qui le nie et tous deux sont paradoxalement entrés sur cette voie à l’abri du TNP, en se dotant légalement de programmes civils autorisés car il est devenu relativement aisé de passer du civil au militaire à partir de mêmes technologies. Pyongyang s’est retiré du traité, Téhéran pas mais – second problème – comment empêcher que d’autres pays suivent cet exemple, passent du civil au militaire grâce aux mécanismes mêmes de la non-prolifération ? Réponse : on ne sait pas.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.