La France aurait eu toute raison de dire « je vous l’avais bien dit ». Les attentats quotidiens, l’affrontement entre chiites et sunnites, la vague d’antiaméricanisme partout dans le monde, le chaos et le regain islamiste - tout ce contre quoi elle avait mis en garde les Etats-Unis lorsqu’ils s’apprêtaient à envahir l’Irak s’est aujourd’hui, avéré. La France aurait pu le rappeler, le faire sentir au moins mais, sitôt que les Américains sont entrés à Bagdad, sitôt que ce qui avait été fait ne pouvait plus être défait, Jacques Chirac a préféré tâcher d’aider la plus grande démocratie du monde à se tirer le moins mal possible de cette tragique erreur. Il y en allait, pensait-il, de la stabilité internationale. L’avenir, a-t-il considéré, commandait cette attitude et, les mois passant, la catastrophe s’amplifiant, ce réalisme a effectivement permis à la France de retrouver l’oreille des dirigeants américains, bien obligés de retrouver en elle une amie qui n’avait pas toujours tort dans ses désaccords, qui pouvait être utile et sur laquelle ils ne tarissent désormais plus d’éloges jusqu’à la qualifier, hier, de « meilleur partenaire de Washington ». Là-dessus, la France et l’Amérique se sont trouvées en plein accord dans deux crises parallèle – le Liban qu’elles voulaient l’une et l’autre libérer de l’occupation syrienne et, surtout, les ambitions nucléaires de l’Iran qu’elle jugent également dangereuses pour la région, le monde et trois décennies, surtout, d’endiguement de la prolifération. Entre Paris et Washington, ces trois facteurs ont permis d’atteindre un niveau de confiance sans précédant depuis des décennies mais peut-il être autre chose qu’une parenthèse, un moment de grâce, alors que tant d’Américains - on en parlait hier dans cette chronique - sont de plus en plus prêts à en découdre avec l’Iran, que le ton monte au Congrès contre la Russie et que les Etats-Unis, contrairement à la France, ne sont nullement prêts à admettre que l’émergence de nouvelles puissances dessine un monde multipolaire dans lequel plus personne ne pourra décider seul ? La réponse n’est pas donnée mais on n’est pas loin de croire, à l’Elysée, que, oui, cette embellie sera durable. On veut le croire, d’abord, parce que Georges Bush et Condoleezza Rice, échaudés par l’Irak, ne voudraient pas se laisser entraîner dans une nouvelle aventure militaire et considéreraient, comme Jacques Chirac et l’Europe et contrairement au consensus montant à Washington, que les pressions diplomatiques pourraient ramener l’Iran à une table de négociation. C’est, en tout cas, là-dessus que le Président et sa secrétaire d’Etat tableraient et cela laisserait, donc, du temps au temps. On verra mais ce n’est pas tout. Au-delà même de l’Iran, les dirigeants français commencent, aujourd’hui, à penser que la Maison-Blanche se ferait lentement à l’idée qu’elle doit bien compter avec d’autres puissances dont l’appui lui est devenu nécessaire et que le rapprochement des Etats-Unis avec l’Inde, leur prudence en Amérique latine et leur volonté de maintenir le dialogue avec Moscou en seraient le signe. Vraiment ? La diplomatie française, en tout cas, veut y croire.

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