« Moi, ça ne changera pas », a dit Nicolas Sarkozy à propos de son refus de voir la Turquie entrer, un jour, même lointain, dans l’Union européenne. « Je ne crois pas, lui a répondu Ségolène Royal, que ce soit de bonne politique de claquer, comme ça, la porte à ce grand pays » mais pourquoi cette question est-elle devenue si sensible dans le débat français et européen et quels sont les problèmes qu’elle soulève ? Si l’on veut bien appeler un chat un chat, le premier d’entre eux est que la Turquie soit musulmane. Beaucoup d’Européens et la majorité des Français craignent aujourd’hui l’Islam, considérant que ce monde est tellement traversé de conflits et travaillé par l’islamisme qu’ils préfèrent le tenir à distance et ne pas laisser entrer l’un de ses pays dans l’Union. Cette prudence a sa logique. Elle n’a rien de scandaleux et il l’est encore moins qu’un homme politique la prenne en compte et dise que l’honnêteté commande, dans ces conditions, de dire à la Turquie que, non, sa candidature, n’est pas bienvenue. C’est ce que fait Nicolas Sarkozy en ajoutant que la Turquie n’est, de surcroît, pas située en Europe et que la question ne devrait, donc, même pas se poser mais pourquoi tant d’autres responsables politiques européens, de droite comme de gauche, ne veulent pas rejeter, a priori, la candidature de ce pays ? Pourquoi considèrent-ils, au contraire, que si la Turquie – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – remplissait, demain, les conditions d’une adhésion, elle serait une bonne chose ? La raison en est exactement la même que celle qui pousse d'autres Européens au rejet de ce pays. C’est précisément parce que la crise du monde musulman porte en elle le danger d’un choc des civilisations qu’ils estiment que ce serait une erreur absolue, un danger pour la stabilité internationale, que de repousser la Turquie au seul vrai motif qu’elle est musulmane, musulmane mais laïque et membre de l’Alliance atlantique depuis plus d’un demi siècle. Ce serait là, disent-ils, donner raison aux islamistes, épouser leur idée d’une incompatibilité entre l’Islam et la démocratie, alors que toute l’histoire de la Turquie et sa volonté, surtout, de s’intégrer à l’Europe prouvent le contraire. Pourquoi, demandent-ils, aller humilier ce pays et lui dire qu’il devrait préférer l’Islam radical à l’Europe, alors qu’il aspire à partager nos valeurs et à opposer, avec nous, ses richesses, ses forces armées et sa démocratie à l’exaltation sanguinaire du djihadisme ? Une adhésion turque, ajoutent-ils, ne serait pas l’entrée de la Turquie en Europe mais l'entrée de l’Europe en Turquie, d’une Europe qui n’a pas d’autres frontières sur son continent que des frontières de valeurs. C’est un débat entre la prudence et la vision, un difficile débat que l’Europe ne pourra de toute manière pas trancher avant d’avoir retrouvé confiance en elle-même et en son avenir.

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