Il y a une mauvaise lecture de ce sauvetage grec qui ne manquera pas d’être faite. C’est donc, cela l’Europe, se diront certains. C’est donc, bien une instance supranationale, disent-ils déjà, qui impose à un gouvernement en difficultés des meures d’austérité d’une dureté sans précédent, un blocage des salaires de la fonction publique, un relèvement de l’âge de la retraite, une augmentation de la TVA et on en passe et des pires. Ce n’est qu’à ce prix, c’est vrai, que les autres pays de l’euro et le FMI ont accepté, hier, de prêter – prêter et non pas donner – 110 milliards sur trois ans à ce pays aux abois mais s’ils n’y avaient pas mis ces conditions, cet argent n’aurait servi à rien car, aide ou pas, la Grèce serait, alors inéluctablement allé à une faillite qui n’aurait été que légèrement différée. Ce n’est pas à l’austérité que les Grecs auraient été soumis mais à la même ruine que l’Argentine avait connue, il y a 9 ans, lorsqu’elle s’était retrouvée en cessation de paiements. Ce prêt n’aurait pas été remboursé aux contribuables européens et c’est toute la zone euro, surtout, qui aurait été précipité dans la tempête car la contagion aurait gagné le Portugal, l’Espagne et l’Italie avant d’atteindre la France et l’Allemagne. Ces si violentes mesures d’austérité, ce n’est pas l’Europe mais la crise des finances grecques qui l’impose. Elles ne sont pas à reprocher à l’Europe mais aux précédents gouvernements grecs qui avaient maquillé leurs comptes et la bonne lecture de ce sauvetage est que l’Union est peut-être en train de franchir, là, une étape trop attendue et nécessaire. En adoptant la monnaie unique, les pays de l’euro avaient crée un géant sans tête, une zone monétaire appuyée sur l’une des plus fortes économies du monde mais sans autre institution commune qu’une Banque centrale indépendante. Il n’y avait, et il n’y a toujours pas, de politique économique commune, pas d’harmonisation, ni fiscale ni sociale, pas de politique industrielle ni de politique budgétaire. Les dirigeants d’alors n’étaient pourtant pas plus stupides que d’autres. Ils ne l’étaient même pas du tout mais avaient considéré que nécessité ferait loi et que ce gouvernement économique commun auquel les Européens n’étaient pas encore prêts, le temps finirait par l’esquisser ou une crise par l’imposer. La crise est venue. Après une longue hésitation, l’Allemagne a fini par accepter un contournement de l’interdiction d’aide collective à un pays de l’euro qu’elle avait elle-même fait inscrire dans les traités par crainte qu’un tel parapluie n’incite des capitales européennes au laxisme. La nécessité de la solidarité l’a emporté parce qu’il était devenu clair que tous auraient à souffrir de son absence et, désormais, ce « gouvernement économique » dont le krach de Wall Street avait, déjà, fait admettre le principe devient une évidence. Nécessité fait bel et bien loi. Les esprits bougent mais tout reste à concevoir et mettre en place. On n’y est pas encore et, le jour où se serait fait, restera la grande question, celle de la démocratie européenne, aujourd’hui bien trop indirecte pour satisfaire quiconque.

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