On les croyait indissociables. C’est Ali Khamenei, le Guide suprême de la révolution iranienne qui avait fait élire, en 2005, Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République de l’Iran. C’est encore lui qui avait décidé, en 2009, de faire proclamer de faux résultats pour assurer un second mandat à son protégé. Dans les deux cas, il l’avait fait pour barrer la route à des candidats réformateurs et ces hommes étaient ainsi liés par un pacte conservateur qui avait été, de surcroît, scellé dans le sang versé pour briser les manifestations de protestation qui avaient suivi ce trucage électoral. Rien ne présageait donc un affrontement entre le Guide et le président mais le problème est que la Constitution iranienne interdit à Mahmoud Ahmadinejad de briguer un troisième mandat consécutif, que des législatives auront lieu en mars prochain et qu’Ali Khamenei et son protégé se préparent donc, d’ores et déjà, à l’échéance de 2013, année de la prochaine présidentielle. Haï par la majorité de la population, détesté et souverainement méprisé par l’aristocratie du courant conservateur qui n’a jamais admis l’ascension de cet homme sorti du rang, Mahmoud Ahmadinejad aurait voulu laisser des fidèles aux commandes et désigner lui-même son successeur pour pouvoir continuer à peser quand il devra se retirer. Le président aurait voulu conserver un pouvoir occulte mais le Guide, lui, ne veut surtout pas que quiconque, pas même un protégé, dure assez longtemps sur la scène politique pour être en situation de contrôler l’appareil d’Etat et menacer, par là, de lui faire de l’ombre. Au-delà de la politique sur laquelle le Guide et le président n’ont pas de désaccord, c’est tout l’équilibre entre les deux pouvoirs iraniens qui est en jeu – le pouvoir républicain, soumis au suffrage universel, et le vrai pouvoir, celui des religieux, qu’incarne Ali Khamenei et qui coiffe toutes les institutions d’Etat, présidence de la République comprise. Même lorsqu’il y a connivence entre les deux comme c’est le cas aujourd’hui, l’appareil religieux veille constamment à ce que l’appareil d’Etat ne prenne aucune d’autonomie. C’est une règle intangible et, quand Mahmoud Ahmadinejad a tenté, le mois dernier, de limoger le ministre du Renseignement, Heidar Moslehi, le Guide lui a conséquence rappelé qui était le patron en confirmant le plus important des ministres à son poste. Publiquement giflé, Mahmoud Ahmadinejad a réagi en faisant la grève de ses fonctions pendant dix jours. Il a disparu de la scène dans une forme de chantage à la démission mais a vite dû s’incliner car le Guide avait lâché contre lui le Parlement on l’on parlait déjà de démettre ce rebelle de ses fonctions. Le président a finalement présidé dimanche le Conseil des ministres. Il s’est provisoirement incliné mais les échéances électorales et la course aux faveurs du Guide ont réveillé les batailles de courants entre conservateurs. Pendant que le régime syrien, principal allié de l’Iran, procède à des tueries pour tenter de se survivre et que le Hamas palestinien, protégé de l’Iran, se distance de l’axe syro-iranien en se réconciliant avec le Fatah, Téhéran plonge dans la lutte des clans parce que le vieux Guide veut rester seul maître à bord. Un nouveau front s’est ouvert au Proche-Orient et ce n’est pas le moins important.

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