C’est un complet casse-tête, juridique, sécuritaire et, avant tout, politique. Il y a plus de 11 ans maintenant, lorsque la Conseil de sécurité avait autorisé une coalition internationale conduite par les Etats-Unis à intervenir en Afghanistan après les attentats du 11 septembre, les troupes américaines y ont fait de nombreux prisonniers dans les rangs djihadistes. Au fil des ans et de « la guerre contre le terrorisme » décrétée par Georges Bush, d’autres hommes liés à al Qaëda ou supposés l’être se sont ajoutés à eux mais l’administration américaine a toujours refusé, à l’époque, de les considérer comme prisonniers de guerre. Elle n’a pas voulu le faire car elle ne voulait pas qu’ils puissent alors se prévaloir des droits et protections attachés à ce statut par les conventions internationales et il lui a donc fallu trouver quoi faire d’eux. Les tuer tous n’aurait pas gêné grasnd monde dans cette équipe mais cela se serait su et aurait forcément eu des conséquences pénales. Les rapatrier aux Etats-Unis pour les y juger comme criminels de droit commun leur aurait offert, a-t-on craint à la Maison-Blanche, une tribune judiciaire d’où défendre leur cause et appeler à l’extension du djihad. Les tribunaux américains ont, de surcroît, l’inconvénient d’exiger des preuves pour prononcer des condamnations et ces preuves manquaient souvent ou avaient été obtenues sous la torture et ne pouvaient en conséquence pas, parce qu’illégales, fonder une condamnation. Georges Bush et ses conseillers ne savaient pas quoi faire et qu’ont-ils fait ? Ils ont pris la plus mauvaise des décisions possibles. Ils ont décidé de réinventer les oubliettes du Moyen-âge en jetant ces « combattants armés » – comme ils les avaient appelés – dans des cages métalliques hâtivement dressées sur la base de Guantanamo que les Etats-Unis entretiennent en territoire cubain. Pas d’avocats, pas de procès, pas de témoins non plus autres que des militaires américains transformés en gardiens de camp, et c’est ainsi qu'au lieu de se montrer exemplaires, les Etats-Unis, patrie du droit, ont inventé une zone de total non-droit dans laquelle étaient bafoués, foulés aux pieds, tous leurs principes juridiques et constitutionnels et, d’abord, l’habeas corpus qui interdit de détenir quiconque sans le présenter à un juge.Ce fut un naufrage moral, une honte absolue, auquel Barack Obama s’était engagé à mettre terme durant sa première campagne mais cette promesse, il n’a jamais pu la tenir. De nombreux détenus ont été relâchés. Sur les plus de 700 prisonniers de 2001, il n’en reste aujourd’hui que 166 mais le scandale dure car, lorsqu’un Etat de droit bafoue le droit, il ne peut plus s’en sortir sans risquer de se heurter au droit. Le Congrès interdit à la Maison-Blanche de transférer ces détenus en territoire américain pour les y juger. Même s’il finissait par l’autoriser, beaucoup seraient libérés faute de preuves acceptables. Une centaine d’entre eux est en grève de la faim depuis que ce mouvement de protestation a commencé en février dernier et Barack Obama ne peut pas prendre le risque, politique cette fois-ci, de les renvoyer tous dans leur pays d’origine car certains, beaucoup, pourraient y reprendre les armes, contre les Etats-Unis ou leurs alliés. La situation est inextricable et les grévistes de la faim, nourris de force.

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