Vous revenez sur le fond souverain norvégien qui a décidé de s'intéresser aux salaires des dirigeants d'entreprises...

Par Anthony Bellanger.

Vous revenez sur le fond souverain norvégien qui a décidé de s'intéresser aux salaires des dirigeants d'entreprises...

Résumons un peu. D'abord qu'est-ce que ce fond souverain norvégien ? C'est simple, c'est le fond d'investissement le plus riche au monde : en prévision de la fin du pétrole et du gaz, les Norvégiens y mettent tous leurs pétro et gazodollars.

En tout, ce sont près de 900Mds$ accumulés et investis à travers le monde. Autrement dit, lorsque les Norvégiens décident de se retirer d'un secteur, comme le charbon, c'est un séisme économique planétaire.

Or les Norvégiens ont décidé de regarder de près les salaires des dirigeants d'entreprises dans lesquelles ils ont des intérêts. Or la seule chose qui peut inquiéter les patrons, c'est bien la perspective que leurs salaires posent problème à un investisseur aussi formidable.

Ce n'est pas la première fois que ce fond fait ainsi l'actu...

Et à chaque fois pour les mêmes raisons : le fond souverain norvégien veut bien gagner de l'argent mais avec éthique et morale, s'il vous plait. En février dernier, il s'est par exemple retiré de 73 entreprises jugées écologiquement ou socialement irresponsables.

En quatre ans, depuis que cette politique d'investissements responsables a été mise en place, ce sont près de 200 entreprises qui ont été retirées de son portefeuille. Pas question évidemment de cigarettiers, ni de fabricants d'armes, ni d'entreprises minières.

Et là, je craque. Quelquefois l'hypocrisie est vraiment trop énorme pour ne pas être soulignée. Comment vous l'expliquer : le si moral, si éthique, si parfait fond d'investissement souverain norvégien a tout de même le don de m'énerver.

Je m'explique : les Norvégiens ont des participations dans 9 000 entreprises et n'ont trouvé de problèmes que dans une poignée d'entre elles. De plus, la fortune de ce fond a pour base le pétrole et le gaz, c'est-à-dire des énergies fossiles qui polluent et participent largement au réchauffement climatique. Côté moral, on repassera.

Visiblement, les Norvégiens ne sont pas les seuls à vous énerver ce matin...

Non, j'en ai un peu assez – et je suis certain que pas mal d'auditeurs aussi – que l'on mette systématiquement en avant les Scandinaves et leur si vertueux et si consensuel modèle de société. A écouter les spécialistes, ils ont toujours tout bon.

Les Finlandais ont les meilleures écoles du monde, les Suédois, le meilleur système de santé, les Danois sont les plus heureux de la planète et tout le monde là-bas recycle ses ordures, se bat pour l'égalité des sexes, fait plus d'enfants que le reste de l'Europe.

Tout cela est vrai mais cache aussi quelques secrets de famille. Par exemple que l'alcool est la 1ère cause de mortalité chez les hommes finlandais. Que le Danemark est le plus gros consommateur au monde d'antidépresseurs après l'Islande.

Que le Danemark a beau être le pays au monde où l'on utilise le plus l'énergie éolienne, son empreinte écologique est une des pires au monde, bien pire encore que les Etats-Unis et au niveau d'une éponge à gaz comme le Qatar.

Quant aux Finlandais, ils se sont fait une spécialité d'une des industries les plus polluantes de la planète : la pâte à papier qu'ils exportent dans le monde entier. Enfin, je rappelle que le Danemark a une des lois anti-réfugiés les plus dures qui soient.

Je sais, tout cela est un peu de mauvaise foi mais ça fait parfois du bien parce que, comme on dit du côté de Copenhague : NU ER DET NOK : TROP C’EST TROP !

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