Le projet de budget présenté par la Commission européenne sone neuf : moins de subventions et plus de politique

La Commission européenne a présenté hier son projet de budget pour les années 2021 à 2027. Il doit encore être négocié entre les 27 Etats membres et approuvé par le Parlement. Autant dire que rien n’est fait mais, à elles seules, cette proposition et les réactions qu’elle a déjà suscitées en disent beaucoup. 

        Malgré, d’abord, le départ de la Grande-Bretagne, la Commission propose d’augmenter les dépenses à un milliard deux cent soixante-dix-neuf millions d’euros contre un milliard quatre-vingt-sept millions pour la période en cours. 

        Cela s’explique par la volonté de la Commission de tirer profit du Brexit – de la prochaine disparition du frein britannique à l’approfondissement de l’unité européenne – pour investir dans la Défense et la cohésion de la zone euro. 

Alors que les questions militaires relèvent des seuls Etats et que l’Union n’y consacrait jusqu’aujourd’hui que bien peu d’euros, la Commission souhaite leur allouer maintenant plus de 27 milliards, consacrés au soutien à la création d’une Défense commune. Quant à la zone euro, à défaut de la doter d’un budget propre comme le souhaiterait la France, la Commission propose de mettre 55 milliards à sa disposition pour notamment faire face à d’éventuels chocs économiques.

Ce projet propose également de tripler les sommes consacrées à la surveillance des frontières de l’Union et de doubler le budget du programme d’échanges Erasmus mais ces augmentations de dépenses seraient compensées par une réduction des sommes consacrées aux deux programmes comptant aujourd’hui pour 70% du budget européen – la Politiques agricole commune, moins 5%, et la politique de cohésion en faveur des régions les moins développées, les fonds structurels, moins 7%. 

Ce n’est pas la disparition de ces deux programmes, loin de là, mais les priorités d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. De nouvelles ambitions se font jour, plus de politique et moins de subventions, et il est à cet égard frappant que la Commission propose de pouvoir réduire les fonds structurels alloués à un Etat membre dès lors qu’il ne respecterait plus l’état de droit. 

Ce projet de budget sonne neuf mais les réactions nationales sont d’un total classicisme. Bien qu'elle plaide si ardemment pour une Défense et des investissements communs, la France a aussitôt déclaré qu’il faudrait lui passer sur le corps pour réduire les dépenses agricoles. Les pays de l’Est, d’ordinaire si peu soucieux de solidarité entre Etats membres, s’indignent de la réduction des fonds structurels dont ils profitent à plein depuis si longtemps. Quant aux pays nordiques… Quoi ? Comment ? On dépenserait plus alors que la Grande-Bretagne s’en va ? 

Paris et Berlin vont prochainement affirmer une position commune mais les négociations à 27 seront sportives. 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.