Le premier ministre indien a perdu les élections régionales dans le Bengale occidental où il avait mené une campagne active malgré la reprise épidémique. Un revers alors que sa responsabilité est engagée dans l’impréparation de l’Inde face à une deuxième vague catastrophique.

Le Premier ministre indien Narendra Modi lors d’un meeting électoral dans le Bengale Occidental, le 12 avril, organisé sans précautions particulières malgré la reprise épidémique en Inde.
Le Premier ministre indien Narendra Modi lors d’un meeting électoral dans le Bengale Occidental, le 12 avril, organisé sans précautions particulières malgré la reprise épidémique en Inde. © AFP / Sonali Pal Chaudhury / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Les images de la tragédie indienne suscitent d’abord un profond sentiment de compassion ; et il est heureux que la solidarité internationale commence à arriver – un avion français a amené hier à Delhi des générateurs d’oxygène qui manquent dans les hôpitaux.

La logique de l’épidémie fait qu’il faut s’attendre à ce que les chiffres dramatiques continuent de monter, et les images de ces incinérations non-stop n’ont pas fini de nous hanter. C’est à ce jour la plus grande catastrophe depuis le début de la pandémie ; le signe que le virus est encore loin d’être vaincu, malgré les progrès de la vaccination.

Mais la tragédie indienne ne peut pas faire l’économie d’une introspection, d’une interrogation sur ce retour de pandémie auquel le pays n’était visiblement pas préparé. Et au cœur de cette interrogation, il y a le premier ministre indien, Narendra Modi ; il y a l’"hubris" de M. Modi, selon le mot du spécialiste de l’Inde Jean-Joseph Boillot : un excès de confiance en soi, voire d’arrogance.

Le 20 janvier, Narendra Modi était l’invité, en visioconférence, du forum de Davos. Son discours a aujourd’hui une tonalité sinistre, car le premier ministre y vantait le "cadeau" que l’Inde avait fait au monde en terrassant la pandémie. Il affirmait que l’Inde avait développé une infrastructure médicale spécifique contre le Covid-19, et qu’elle allait "sauver des vies" dans le monde en produisant les vaccins.

Fort de cette certitude, Narendra Modi s’est lancé à corps perdu dans la campagne électorale du Bengale occidental, qu’il souhaitait prendre à l’opposition. Il y a tenu une série de meetings géants sans précautions sanitaires. Il a également laissé se tenir les grand rassemblement religieux hindous le long du Gange, avec des millions de participants, là encore sans réelles précautions.

L’histoire dira si l’explosion des cas est directement liée à ces événements de masse, pour le moins hasardeux. Mais ce qui est sûr, c’est que le système de santé n’a pas résisté, l’infrastructure dont Narendra Modi se vantait en janvier n’existait pas.

Y aura-t-il un prix politique à payer pour Modi ? 

Un premier signal alarmant est tombé hier, puisque le BJP, le parti de Narendra Modi, a été battu au Bengale occidental ; le parti d’opposition régionaliste a été reconduit. C’est un revers sérieux pour le premier ministre qui s’était personnellement investi dans la campagne.

Si cet orateur très doué conserve son emprise sur un électorat hindou, galvanisé par sa rhétorique nationaliste et populiste, il risque malgré tout de devoir faire face à la colère de tous ceux qui ont perdu un parent ou un proche, et demandent des comptes à un homme réfugié dans le déni. Sans compter les conséquences économiques durables de cette catastrophe.

Mais surtout, Narendra Modi en sortira affaibli internationalement. Il apparaissait comme une alternative à la Chine : les États-Unis, la France, et d’autres courtisent cet autre géant d’Asie, plus fréquentable malgré son autoritarisme inquiétant. Mais son incurie face au Covid-19 n’a rien à envier aux mensonges initiaux de la Chine l’an dernier, qui ont été justement décriés. De fait, l’allié de l’Occident est durablement affaibli.

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