De Gaulle l’aurait dit. « L’Algérie, aurait-il dit, restera française comme la Gaule est restée romaine ». Cela voulait dire que l’influence française survivrait à la domination française, que la France avait marqué l’Algérie comme Rome la Gaule et l’on ne pouvait s’empêcher, hier, de repenser à cette phrase, sans doute apocryphe mais si juste. Quatre décennies sont passées. Plus des deux tiers des Algériens n’ont pas connu la colonisation, sont nés dans un pays indépendant. L’Algérie a arabisé son enseignement, magnifié sa guerre d’Indépendance, affirmé son appartenance au monde arabe mais l’Algérie regarde les chaînes de télévision française, vit à l’heure française et les regards y sont tournés vers Paris, restée la capitale culturelle, la ville lumière, la ville des Lumières. Jamais on a autant parlé le français qu’aujourd’hui en Algérie car la population a considérablement augmenté et que le français y reste une langue véhiculaire, que toute une partie de la presse est francophone et que les 30% de chômeurs ne rêvent que de pouvoir aller travailler en France. « Vi-sa ! Vi-sa ! », scandait-on, hier, à Alger, sur le passage de Jacques Chirac mais dans cette immense foule, dans cet océan d’enthousiasme et de confettis qui a accueilli la première visite d’Etat d’un Président français, on a aussi entendu, nombreux, vigoureux, des « Chirac Président ! » . Six cent mille, un million, un million et demi, on ne sait pas exactement mais si les Algériens étaient descendus si nombreux dans les rues, étaient aussi serrés aux balcons, pour acclamer Jacques Chirac, c’est que les occasions de manifester ne sont pas si nombreuses en Algérie. Ce triomphe fait au président français, c’était aussi manière de faire honte au pouvoir algérien, de lui demander « qu’as-tu fait de notre indépendance ? » - non pas, certes, de demander le retour de l’Algérie dans la République mais de dire qu’aux injustices et à l’humiliation de la colonisation avaient succédé le naufrage d’un parti unique. Après trente ans de dictature du FLN, l’impéritie et la corruption rongent l’Algérie, ensanglantée depuis dix ans par le terrorisme islamiste et pillée par un pouvoir militaire occulte qui fait et défait les Présidents au gré de ses intérêts. Non seulement la culture, la langue et l’influence française restent présentes en Algérie mais la France y est devenue un espoir, si profond, si grand, si fou qu’à chaque minute de cette visite, Jacques Chirac marche sur des œufs car cet espoir, il faut à la fois ne pas le décevoir et le tempérer. Seuls les Algériens peuvent rebâtir leur pays. La France ne peut ni ne doit le faire à leur place mais la France, en même temps, doit saisir ces mains qui se tendent, conforter Abdelaziz Bouteflika face aux militaires, investir dans ce pays qui l’aime et la prolonge, se renforcer, en un mot, en le renforçant. La tâche n’est pas aisée, immense, délicate, de longue haleine mais cette visite a lieu au meilleur des moments possibles, dans une Algérie qui a tourné la page de la guerre et qui applaudit, comme tant d’autres pays, la position de la France sur l’Irak. Une chance s’offre, c’est vrai, de refonder nos relations.

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