Pour sceller les retrouvailles transatlantiques, l’Union européenne demandait deux choses aux Etats-Unis. Elle les pressait, d’abord, de se réengager pleinement dans le processus de paix israélo-palestinien et de déclarer, avec elle, que l’évacuation de Gaza ne devait pas être une fin en soi mais le prélude à une évacuation de l’ensemble des Territoires occupés. D’une déclaration américaine à l’autre, c’est maintenant chose faite, clairement faite, mais restait la question iranienne. Là, il y avait un vrai fossé entre l’Europe et les Etats-Unis. La différence d’approche était totale entre Londres, Paris et Berlin d’une part qui tentent d’obtenir de l’Iran qu’il renonce à ses ambitions nucléaires en échange de sa réintégration à l’économie mondiale et Washington qui considérait, à l’inverse, que le régimes des mollahs devait, point à la ligne, se conformer à ses engagements internationaux. Ce différent s’était légèrement amoindri ces derniers mois. La Maison-Blanche était passée d’une critique presque ouverte des efforts européens à une ironie sceptique mais, jusqu’il y a quelques semaines encore, Georges Bush se refusait absolument à faciliter la tâche de Tony Blair, Jacques Chirac et Gerhard Schröder. « Faîtes comprendre, lui disaient-ils, que si les Iraniens acceptaient nos propositions, vous vous joindriez à nous pour leur garantir les avantages que nous leur faisons miroiter ». Ensemble, séparément, les Européens se montraient de plus en plus pressants et impatients car, si les Iraniens ne pouvaient attendre aucun geste des Etats-Unis, ils avaient peu de raison de s’entendre avec les Européens qui ne pouvaient tenir, à eux seuls, qu’une partie de leurs promesses. Le discours d’investiture de Georges Bush, en janvier, avait même pu laisser l’impression que les Etats-Unis s’apprêtaient à faire parler les armes contre l’Iran mais les choses ont maintenant évolué. D’un discours à l’autre, Georges Bush a rendu de plus en plus théorique la possibilité d’une action militaire contre Téhéran et tout indique que la Maison-Blanche pourrait bientôt se rendre aux arguments des trois puissances européennes, soutenir leur tentative de négociation en promettant d’approuver une candidature de l’Iran à l’Organisation mondiale du commerce si son projet de bombe est enterré. Les raisons de cette évolution, une évolution en cours, pas encore officielle, sont importantes. La première est que les menaces d’intervention armée n’ont guère de crédibilité car les Etats-Unis ne sont certainement pas en état d’envahir l’Iran et que des bombardements ciblés seraient aléatoires dans la mesure où les installations iraniennes sont difficiles à atteindre. La seconde est que l’unité des Européens sur ce dossier est absolument totale, que ni les trois grands de l’Union ni aucun de ses autres Etats ne veulent entendre parler d’une nouvelle aventure militaire. Non seulement les Etats-Unis n’ont pas les moyens de leur intransigeance mais ils risqueraient de se heurter, en s’y tenant, à un rapprochement spectaculaire entre la Grande-Bretagne et la FrancAllemagne. Après de difficiles débats entre les différents courants de son équipe, Georges Bush parait donc s’orienter vers la sagesse – avec la certitude, si l’intransigeance devenait iranienne, d’avoir les Européens de son côté.

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