Avocate, Cherie Blair, Mme Tony Blair, n’est pas le porte-parole du gouvernement britannique. Il n’en est pas moins difficile d’imaginer qu’elle intervienne sur un dossier politique explosif et mettant en cause les Etats-Unis sans un feu vert de son mari. Or non seulement elle vient de condamner, sans réserve d’aucune sorte, l’usage de la torture mais elle l’a fait en intervenant, mercredi soir, à Londres, lors d’une conférence de Human Rights Watch, l’organisation américaine de défense des droits de l’Homme qui dénonce inlassablement le retour de la torture sous l’administration Bush. La Convention internationale de 1984 signée par 127 pays dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, rappelle d’abord Mme Blair, « formule l’interdiction de la torture dans des termes absolus » qui ne prévoient pas « de dérogation, même en temps de guerre ou de menaces contre la sécurité nationale ». « Il est évident pour moi, poursuit-elle, que la raison fondamentale sur laquelle est fondée cette interdiction est le souci de la dignité et de la valeur de la personne humaine ». Autrement dit la prohibition de la torture n’est pas seulement légale mais aussi morale et Mme Blair enchaîne sur la réflexion suivante : « A l’exception du terrorisme, dit-elle, il est difficile de trouver une pratique qui attente aussi violemment à la dignité de l’être humain. La torture, martèle-t-elle, peut être considérée comme le terrorisme de l’Etat, employée pour les mêmes raisons que les terroristes emploient la violence, pour biser la volonté de ceux qu’ils ne peuvent pas convaincre par des moyens légaux ». Illégale, immorale, la torture est également tout aussi condamnable que le terrorisme qu’elle prétend combattre, dit ainsi Mme Blair en ajoutant qu’elle n’est d’aucune utilité puisque le torturé « dira, vrai ou pas, tout ce que le tortionnaire voudra lui faire dire » et qu’elle expose, de surcroît, les civils et les soldats de l’Etat tortionnaire à être eux-mêmes torturés. Par procuration, Tony Blair vient de se distancer là de la Maison-Blanche. Il eut été mieux qu’il le fasse directement, en sa qualité de Premier ministre et d’allié des Etats-Unis mais disons que c’est un premier pas, tardif, insuffisant, mais nécessaire et bienvenu car, outre les raisons invoquées par Cherie Blair pour refuser la torture, il en est une autre, plus grave encore. En la permettant, les Etats-Unis se condamnent à offrir des victoires au terrorisme car ils cassent tout autant la dignité de leurs propres soldats que de ceux qu’ils torturent, démoralisent leur armée et finiront par susciter une crise morale dans leur opinion. Pire encore, les témoignages sur ces tortures et les photos qui les corroborent font une moquerie des lois, des valeurs, des principes des démocraties et les terroristes peuvent ainsi s’appuyer sur ces crimes d’Etat pour dire qu’ils ne feraient rien d’autre que les pays qui se réclament des droits de l’Homme et de la liberté. Le pire avec la torture est qu’elle prive la démocratie de sa supériorité morale, de son premier atout.

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