Le ciel s’assombrit encore sur le Proche-Orient. Une guerre ouverte, d’abord – la « troisième Intifada », disent les journaux de Tel Aviv – menace d’éclater, a peut-être, déjà, éclaté, entre les islamistes du Hamas et Israël. Pour la seule journée de samedi, les représailles lancées après de nouveaux tirs d’obus sur des villes israéliennes ont tué 63 personnes à Gaza, des organisateurs de ces tirs, mais aussi de nombreux civils. La dégradation de la situation est telle que Mahmoud Abbas, le Président palestinien avec lequel Israël conduit des pourparlers de paix depuis le mois de septembre, a annoncé la « suspension » de ces négociations qui étaient supposées mener à un règlement global en 2008, d’ici la fin, donc, de cette année. Attendue après-demain dans la région, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, tentera de recoller les morceaux mais elle aura fort à faire. Même s’il condamne les tirs du Hamas, le Président palestinien ne peut évidemment pas continuer à négocier avec les Israéliens pendant que ses compatriotes se font tuer à Gaza. Quant à Ehud Olmert, le Premier ministre israélien ne peut, lui, relâcher la pression contre les islamistes et contre la Bande de Gaza qu’ils contrôlent sans que l’opinion, la presse, la droite et toute une partie même de sa coalition du centre et de la gauche ne lui reprochent de ne pas protéger le territoire national et les populations à portée des tirs de Gaza. Cet engrenage est d’autant plus inquiétant que les islamistes ne visent plus seulement le bourg de Sdérot, leur cible traditionnelle, mais aussi Ashkelon, ville côtière de 110 000 habitants, à 65 kilomètres de Tel Aviv. Les tirs se sont faits plus précis. Ils portent plus loin. L’inquiétude est telle en Israël qu’on y envisage désormais, dit-on de très bonne source, de répondre à tout nouvel obus par des bombardements, non plus ciblés mais « indiscriminés », du km2 entourant le point de lancement ou, même, de faire pénétrer l’armée à Gaza, pour une opération de démantèlement des réseaux militaires du Hamas qui pourrait durer « de deux à trois mois ». Déjà sanglant, le moment est grave mais ce n’est pas tout car on a, parallèlement, appris, ce même week-end, que le directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Oli Heinonen, avait informé, lundi dernier, les représentants des pays membres que l’Iran poursuivait bel et bien ses efforts en vue de se doter de l’arme nucléaire. Tout en signalant une meilleure coopération de Téhéran, le directeur de l’Agence, Mohamed ElBaradei, avait déjà parlé, lui, dans son rapport du 22 février, d’une « possible dimension militaire » du programme iranien mais, là, trois jours plus tard, son adjoint a présenté, à huis clos, des données extrêmement alarmantes, notamment sur la fabrication d’une ogive nucléaire. Ces éléments pourraient n’être pas étrangers au récent durcissement russe vis-à-vis de l’Iran contre lequel le Conseil de sécurité doit examiner, aujourd’hui, un nouveau projet de sanctions économiques. Deux fronts se rallument au Proche-Orient.

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