Il n’y a pas une mais deux craintes qui ont conduit Benjamin Netanyahou à aller s’adresser, aujourd’hui, au Congrès américain. La première est celle de voir l’Iran accéder à l’arme nucléaire car le Premier ministre israélien ne croit pas une seconde qu’un compromis diplomatique puisse empêcher ce pays de parvenir à ses fins.

Pour lui, l’Iran ne veut que gagner du temps et obtenir la levée des sanctions internationales qui ont durement frappé son économie. Aussitôt que cela serait fait, pense-t-il, l’Iran en reviendra à son ambition nucléaire et le pourra sans difficultés parce qu’il domine la technologie qui le lui permettra et relancera, compromis ou pas, sa production d’uranium enrichi.

Aux yeux de Benjamin Netanyahou - et sans doute n’a-t-il pas tort sur ce point - l’Iran est d’ores et déjà un Etat du seuil, un pays ne disposant pas encore de la bombe mais pouvant s’en doter en quelques mois. Seul un redoublement des pressions économiques, voire des frappes sur ses sites nucléaires, pense-t-il donc, pourraient éliminer ce danger qu’il considère comme existentiel pour son pays car la force de frappe qu’Israël détient depuis les années soixante ne le protégerait plus dès lors que l’Iran en détiendrait une à son tour.

Justifiée ou pas, cette crainte de Benjamin Netanyahou est si forte qu’il n’a pas hésité à s’entendre directement avec la majorité républicaine du Congrès, sans même prévenir la Maison-Blanche, pour aller chercher l’appui des élus américains contre Barack Obama dont l’analyse est tout à fait contraire.

Pour le président américain, un compromis avec Téhéran et la levée des sanctions qui s’ensuivrait réintégreraient l’Iran dans le marché mondial, l’ouvriraient aux influences extérieures et favoriseraient par-là l’ouverture, l’évolution, peut-être même la chute de son régime qui ne pourrait alors plus résister aux très profondes aspirations démocratiques de sa population.

C’est un débat aussi complexe qu’essentiel et qui cache mal une autre divergence entre Barack Obama et Benjamin Netanyahou. Le premier escompte aussi qu’un compromis sur la question nucléaire permettrait aux Etats-Unis et à l’Iran d’œuvrer ensemble à la stabilisation du Proche-Orient alors que c’est précisément là l’autre crainte, le pire cauchemar, du second.

Pour l’un, l’armée iranienne pourrait alors intervenir au sol contre les djihadistes de l’Etat islamique et dispenser les Etats-Unis d’avoir à le faire. Pour l’autre, l’Iran chiite y gagnerait de telles contreparties de Washington que ses alliés chiites en seraient renforcés dans tout le Proche-Orient et que le chiisme, pourtant minoritaire dans la région, y deviendrait tout aussi puissant que le sunnisme. Or avec les Etats sunnites, Israël est parvenu à un modus vivendi et même à la paix pour ce qui est de l’Egypte et de la Jordanie alors qu’avec l’Iran et ses alliés, avec le monde chiite, Israël en est toujours au refus de son existence. Bien au-delà de la question nucléaire, la seconde crainte de Benjamin Netanyahou et ainsi qu’un Iran renforcé par son rapprochement avec les Etats-Unis ne joue de la surenchère contre Israël dans les opinions arabes et ne prenne, contre lui, le leadership du Proche-Orient

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