Anthony Bellanger.

Ce matin, c’est la fascination des médias français pour Donald Trump qui vous a inspirée…

Parce qu’il s’agit d’une fascination malsaine ! Dans le sens où elle ressuscite une petite musique qui avait presque disparue avec Barack Obama : les Etats-Unis, ce pays que l’on adore détester et avec lequel on entretient des rapports de condescendance.

En France, et en Europe en général, on se pince le nez, on rit sous cape, on prend des airs entendus dès qu’on évoque l’ascension de la terreur blonde républicaine. Bref, un petit air de « je savais bien que ces Yankees sont décidément des barbares ».

Il ne s’agit évidemment pas ici de soutenir Donald Trump, ce n’est d’ailleurs pas mon rôle, mais plutôt de rappeler encore et toujours que l’Europe n’a rien à envier à l’Amérique en terme de populisme douteux : en clair, on a les mêmes à la maison.

Je m’explique. S’il y a seulement un an, quelqu’un vous avait parlé d’un milliardaire âgé, collectionneur de femmes mais sexiste, vaguement raciste, très télégénique et passablement xénophobe, vous auriez immédiatement répondu : Silvio Berlusconi.

Et vous auriez eu raison ! La seule vraie différence entre Le Cavaliere italien et l’Américain, c’est que le premier a vraiment exercé le pouvoir pendant 8 longues années mises bout à bout et définit le paysage politique italien pendant 20 ans.

Alors que Donald Trump, lui, n’a même pas encore été élu. Avantage Europe et Italie. Berlusconi a même laissé des traces : si demain des élections devaient avoir lieu en Italie, c’est un autre comique, Beppe Grillo, qui rassemblerait un quart des voix.

C’est d’ailleurs si saisissant, cette comparaison entre les 2 milliardaires, que toute la presse américaine, mais aussi italienne a commencé à comparer les deux hommes. Y compris sur leur fortune : 4,5Mds$ pour l’Américain, 6,3Mds$ pour l’Italien.

Et que donnent ces comparaisons politico-médiatiques ?

D’abord et avant tout, pour qu’un Trumpusconi parvienne à ses fins, il faut remplir trois conditions : d’abord, il faut que l’économie soit impitoyable pour la plupart des citoyens et favorise une petite minorité arrogante.

C’est le cas aux Etats–Unis mais encore plus en Europe à cause des politiques d’austérité – où la croissance et le recul du chômage ne se sont pas traduites par une hausse des salaires ou un recul de la précarité.

Ensuite, il faut que les systèmes politiques soient fatigués et incapable de se réformer. Aux Etats-Unis, on est en train d’assister à la décomposition du parti républicain. En France, par exemple, le PS, les Républicains, font peine à voir.

Enfin, il faut que les menaces extérieures soient suffisamment fortes pour que l’on se précipite dans les bras d’un homme fort. Terroriste, vague de migrants pour l’Europe et pour les Etats-Unis qui, pour une fois, sont en parfaite syntonie.

Enfin, il faut surtout bien comprendre une chose : économie, système politique cassé homme providentiel ne signifie pas toujours « de droite » voire de « droite extrême ». Berlusconi comme Trump ne sont pas des conservateurs au sein strict du terme.

Ils adorent l’Etat et sa force de frappe, ils prêchent un repli sur ses frontières, la construction de murs tarifaires ou, dans le cas de Trump, d’un vrai mur de 3200kms pour se protéger des Mexicains. L’ennemi, c’est les autres, l’Etat pourvoira.

Dernier point commun entre l’Italien et l’Américain : ils ne sont comptables de personne. C’est ce qu’ils expliquent : ils ont les moyens de ne pas être à la botte des « lobbies ». Ils sont les fils des théories complotistes qu’ils reprennent souvent.

Enfin : ils peuvent être battus. Après avoir ridiculisé l’Italie, Berlusconi a finalement rendu les armes politiques devant un freluquet de 39a qui l’a avalé tout cru à coup de tweets : Matteo Renzi. Trump finira donc par se faire trumper lui-même.

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