Le diplomate libanais Ghassan Salamé a jeté l’éponge hier après un peu plus de deux ans, frustré par l’absence de soutien des grandes puissances à sa mission de négociation pour mettre fin à la guerre civile en Libye.

L’émissaire des Nations Unies pour la Libye, l’ancien ministre libanais Ghassan Salamé, le 18 février 2020 à Genève, à l’occasion d’une tentative de rapprochement des belligérants libyens.
L’émissaire des Nations Unies pour la Libye, l’ancien ministre libanais Ghassan Salamé, le 18 février 2020 à Genève, à l’occasion d’une tentative de rapprochement des belligérants libyens. © AFP / Fabrice COFFRINI / AFP

Ghassan Salamé a jeté l’éponge hier dans un simple tweet rédigé en arabe. L’envoyé spécial des Nations Unies en Libye explique en quelques mots que sa santé ne lui permet plus de « subir le stress » auquel le soumet cette fonction un peu particulière qu’il occupe depuis plus de deux ans.

Mais la réalité est que la démission du sixième représentant de l’ONU en Libye en moins de dix ans, est un aveu d’échec ; celui, d’abord, de la Communauté internationale, qui ne parvient pas, en Libye, à faire respecter ses propres décisions. Un représentant de l’ONU n’a d’autre pouvoir que celui que lui confèrent les États-membres de l’organisation, et lorsque ceux-ci violent leurs propres engagements, un seul homme ne peut rien.

C’est surtout l’échec des tentatives de régler par la négociation le conflit libyen, ce qui, il y a encore un an, pouvait sembler possible, avant de replonger dans une troisième guerre civile, alimentée par les ambitions de puissances extérieures.

Deux événements ont été le déclencheur de cette démission :  d’abord la Conférence organisée le 19 janvier à Berlin, avec Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan, Emmanuel Macron, Mike Pompeo… Les participants s’y engagent à respecter l’embargo sur les livraisons d’armes aux belligérants. Mais à peine l’encre séchée, ce soutien militaire reprend de plus belle, un incroyable cynisme.

Le coup de grâce est venu la semaine dernière à Genève, avec l’échec d’une réunion de « dialogue politique » organisée par Ghassan Salamé. Les délégués des deux camps de la guerre civile libyenne ne sont tout simplement pas venus à Genève, un camouflet pour le facilitateur désavoué.

Ghassan Salamé a prononcé il y a quelques jours des commentaires amers qui prennent tout leur sens avec sa démission. Il s’en est pris aux participants de Berlin. « Est-ce que j’ai reçu tout le soutien nécessaire depuis Berlin ? Ma réponse est non. J’ai besoin de bien plus de soutien », a-t-il dit.

Qui vise-t-il ? Tout le monde ! Les deux camps du conflit libyen ont leurs parrains : 

-       Le gouvernement de Tripoli, dirigé par le premier ministre Fayez el-Sarraj, est principalement soutenu par la Turquie et le Qatar, qui déversent armes et combattants dans la capitale libyenne ; 

-       Tandis que son rival, le maréchal Khalifa Haftar, basé dans l’Est de la Libye, a le soutien de la Russie qui a envoyé des mercenaires, de l’Egypte, des Émirats arabes unis qui participent aux combats avec des drones et des avions ; et, ce n’est pas indifférent, de la France malgré les démentis. Ce rôle occulte de Paris n’a pas non plus facilité le travail de Ghassan Salamé.

Le geste du représentant spécial de l’ONU ne permettra pas de sursaut dans la gestion de ce conflit aux portes de l’Europe, un de plus. 

Il n’est que le révélateur d’un monde dans lequel les Nations Unies ont largement perdu leur rôle. Le successeur du diplomate libanais n’aura pas plus de poids face aux égoïsmes nationaux qui rejouent, en Libye, le jeu éternel et empoisonné des rapports de force entre puissances.

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