En Arabie saoudite comme en Iran, le président américain tente d’inverser les politiques de Donald Trump, mais il se heurte à une réalité complexe qui l’empêche d’aller trop vite.

Joe Bident, alors vice-président de Barack Obama, en visite en Arabie Saoudite en 2011. Devenu président, il tente un rééquilibrage de la relation avec ce pays.
Joe Bident, alors vice-président de Barack Obama, en visite en Arabie Saoudite en 2011. Devenu président, il tente un rééquilibrage de la relation avec ce pays. © AFP / AFP

C’est la région qui absorbe, depuis des décennies, l’énergie des Présidents américains, même lorsqu’ils tentent de « pivoter » vers l’Asie. Joe Biden n’y coupe pas, qui s’est engagé dans une redéfinition complexe de la position des États-Unis au Moyen Orient.

Le Président a lancé deux initiatives parallèles - mais qui sont nécessairement liées : l’une en direction de l’Arabie Saoudite avec la mise en cause du prince héritier Mohamed Ben Salman dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi ; l’autre autour du dossier délicat du nucléaire iranien.

Deux éléments rapprochent ces deux sujets : d’abord, évidemment, le fait que l’Iran et l’Arabie saoudite entretiennent une hostilité farouche, et que les États-Unis ont une longue histoire de conflit avec le premier, d’alliance avec la seconde ; le deuxième lien, c’est Donald Trump, qui a attaqué sans relâche l’Iran, autant qu’il renforçait une relation transactionnelle avec la famille royale saoudienne, et donc avec le Royaume.

Avec un terrain aussi complexe, Joe Biden avance prudemment, peut-être trop prudemment pour pouvoir changer la donne.

Vendredi dernier, la Maison Blanche a fait un geste d’une audace rare en rendant publique la note tenue secrète des services de renseignements américains sur l’assassinat du journaliste saoudien en 2018. Cette note mettait en cause la responsabilité personnelle du prince héritier dans le meurtre de Jamal Khashoggi.

Mais le Président américain n’est pas allé au bout de la logique qui voudrait qu’une fois désigné le commanditaire du meurtre d’un journaliste réfugié aux États-Unis et collaborateur du « Washington Post », on prenne des mesures contre lui. Joe Biden a marqué son territoire, mais n’a pas voulu déstabiliser un peu plus ce pays-clé du Moyen Orient. Au passage, il a déçu ceux qui attendaient beaucoup plus.

Sans doute ne pouvait-il pas non plus trop affaiblir l’Arabie saoudite au moment où il tente un rapprochement avec l’Iran, son ennemi juré. Mais là encore, ses premiers pas n’ont pas permis de renouer le fil d’un dialogue établi à l’époque d’Obama, et que Trump s’est efforcé, non sans succès, de saboter. Emmanuel Macron était hier au téléphone avec le président iranien Hassan Rohani, pour tenter une médiation, sans grand succès.

Dans un monde idéal, le Président américain aimerait « recalibrer » les engagements des États-Unis au Moyen Orient, pour pouvoir se concentrer sur la rivalité, jugée existentielle, avec la Chine. 

Mais il en est ainsi depuis des décennies : même si les intérêts stratégiques américains sont moins forts qu’avant, et la dépendance vis-à-vis du pétrole du Golfe largement disparue, cette région a le pouvoir de retenir l’attention des Présidents américains.

Joe Biden ne veut pas être un nouvel Obama, dont le bilan en politique étrangère est assombri par sa décision fatidique de ne pas avoir agi en Syrie, lors des attaques chimiques en 2013. Presque symboliquement, il a mené son premier acte militaire en Syrie la semaine dernière.

Reste à mener à bien ses deux initiatives diplomatiques, sans déstabiliser l’Arabie saoudite ni faire trop de concessions à un Iran très impopulaire à Washington. Ce sera le premier test d’un mandat destiné en partie à réparer les dégâts commis par son prédécesseur.

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