Il y avait cinq ans que cela ne s’était pas vu. Il y avait cinq ans que le camp de la paix israélien n’était pas parvenu à mobiliser autant de monde. Les chiffres varient, bien sûr, mais ils étaient bien cent mille, samedi soir, à Tel Aviv, sur cette place où un extrémiste israélien avait assassiné Yitzak Rabin, en 1995, par et ce n’est pas seulement ce chiffre qui frappe. Pour un aussi petit pays, cent mille personnes, c’est un gigantesque rassemblement, l’équivalant d’un million de manifestants en France, mais pour la première fois depuis huit ans il y avait aussi, dans cette foule, un frémissement, une détermination, un sentiment palpable qu’il redevient possible de lutter pour la paix, qu’elle ne se conjugue plus seulement au passé. On le notait vendredi, il faut le redire ce matin. Quelque chose change en Israël, non pas, malheureusement, dans l’horreur permanente des attentats et des représailles mais dans le climat politique. A voir les sondages, la popularité d’Ariel Sharon régresse. Les conséquences sociales de l’économie de guerre mobilisent les salariés qui font grève, aujourd’hui, contre les sacrifices qui leur sont demandés. Les syndicats et le gouvernement sont en pleine bataille. L’armée proteste contre la politique du tout répressif, non plus quelques dizaines de militaires sortant du rang mais le chef d’état-major lui-même, Moshé Yaalon, qui juge dangereux de ne pas prêter la main aux dirigeants palestiniens les plus modérés, de ne pas leur donner des armes politiques leur permettant de contrer les islamistes. Tout cela montre un pays qui bouge, qui sort de la tétanie dans laquelle l’échec d’Oslo et les bombes vivantes l’avaient plongé mais il y a plus. Il y a cet accord dit « de Genève », ces vingt-cinq pages d’un texte négocié par d’anciens responsables israéliens et palestiniens pour proposer à leurs deux peuples les termes d’un règlement définitif du conflit. Contrairement aux accords d’Oslo, dont ces hommes avaient été les artisans, contrairement aussi à la feuille de route élaborée par l’Onu, les Etats-Unis, l’Europe et la Russie, ce texte ne trace pas les voies, et les étapes, de la paix mais définit ce qu’elle devrait être, son aboutissement et les concessions à faire par les deux parties. Il spécifie qu’un Etat palestinien sera crée sur les Territoires occupés après la guerre de 1967, que Jérusalem sera partagée, que les deux pays y auront leur capitale et que c’est dans la future Palestine et non pas en Israël que les réfugiés palestiniens et leur descendance pourront revenir. On sait depuis longtemps que ce sont là les conditions de la paix mais, jamais, elles n’avaient été couchées sur le papier, jusque dans le moindre détail, par des Israéliens et des Palestiniens, des personnalités politiques décidées à sauver ensemble leurs deux peuples de ce suicide collectif. Ce texte n’a évidemment pas valeur de Traité mais sa seule existence donne un contenu à la paix, la fait voir, et lorsqu’il sera signé, à Genève, d’ici la fin du mois, c’est autour de cet objectif, enfin clair, que le débat pourra s’organiser. Cela change tellement les choses qu’Ariel Sharon fait dire, depuis quelques jours, qu’il pourrait bientôt s’entretenir avec le nouveau Premier ministre palestinien.

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