Juste derrière Israël, l’Egypte est le deuxième bénéficiaire de l’aide internationale américaine. C’est dire que ce pays phare du monde arabe est une pièce essentielle du maillage diplomatique des Etats-Unis, l’une de leurs têtes de pont au Proche-Orient, mais son Président, Hosni Moubarak, était reçu, hier, en grandes pompes à Moscou. Ce n’est pas que l’Egypte revienne dans le giron russe trente quatre ans après avoir rompu avec l’Union soviétique mais si Vladimir Poutine a pu lancer à son hôte : « Nous sommes heureux de voir venir en Russie nos vieux amis », c’est qu’il y a, oui, un rapprochement entre Le Caire et Moscou. Il y a moins d’un an, Vladimir Poutine avait été le premier Président russe à se rendre en Egypte depuis quatre décennies et tout pousse, toujours plus, Hosni Moubarak à sortir du tête-à-tête avec Washington. Pour la Russie, il s’agit de reprendre pied au Proche-Orient. L’enjeu, pour elle, est décisif mais il l’est presque plus encore pour l’Egypte car, comme tous les alliés arabes des Etats-Unis, elle n’a simplement plus confiance en Washington. L’Egypte ne veut plus tout tabler sur les Etats-Unis car elle ne comprend plus où va ce pays qui s’est lancé dans l’aventure irakienne malgré toutes les mises en garde, qui ne s’est pas même donnée les moyens de réussir ce pari, qui s’est ensuite mis en tête d’imposer à ses alliés des mesures de démocratisation qui n’ont profité qu’aux islamistes et qui hésite aujourd’hui, même s’il ne le dit pas encore, entre mettre au pouvoir un homme fort à Bagdad ou se retirer d’Irak en laissant un chaos derrière lui. Pire encore au yeux des régimes sunnites, des voix se font maintenant entendre à Washington en faveur de l’ouverture d’un dialogue avec l’Iran, de la reconnaissance de ce pays pour ce qu’il est déjà, la première puissance du Proche-Orient, et les pays sunnites en sont à craindre un retournement d’alliances américain qui les affaiblirait brutalement. Logiquement, l’Egypte prend donc ses précautions en reprenant langue avec la Russie et ce mouvement ne relève pas que de la gesticulation diplomatique. Face aux ambitions nucléaires de l’Iran, l’Egypte a décidé de relancer ses propres programmes nucléaires - civils bien sûr, insiste-t-on au Caire. L’Egypte veut désormais se doter de quatre centrales. Elle va lancer un appel d’offres et un haut responsable russe n’hésitait pas à déclarer, hier, que la Russie avait « de bonnes de chances de le remporter ». Ses chances sont, de fait, excellentes car l’Egypte ne veut pas dépendre, là, des Etats-Unis. Elle veut pouvoir laisser planer le doute sur ses intentions afin de faire comprendre que, si l’Iran se dotait de la bombe sans que les Etats-Unis ne s’y opposent, elle franchirait elle aussi le pas. Le Proche-Orient n'en finit pas de tanguer et, d’ores et déjà, les échanges égypto-russes ont augmenté de 50% en six mois tandis que les deux pays parlent d’investissements massifs et de ventes d’armes, d’un retour russe en Egypte.

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