Les Américains, on le sait, n’élisent pas directement leur président. Dans chacun des 50 Etats des Etats-Unis, ils élisent de grands électeurs dont le nombre est proportionnel à la population de leur Etat et qui votent plusieurs semaines après que les électeurs se sont exprimés. Ce système date de l’époque où il n’y avait pas de communication à distance. Son maintien marque l’importance du fédéralisme dans ce pays mais, au siècle de l’information instantanée, on sait qui est le vainqueur dès le jour du vote populaire. Lorsque les sondages convergent et dessinent une claire tendance, on le sait même à l’avance et c’est ce qui se passe aujourd’hui. Aucun journal américain ne se risquerait à prédire la victoire de Barack Obama mais outre, que beaucoup des responsables politiques, démocrates et républicains, le font en privé, les chiffres sont là, à la « une » des quotidiens comme sur tous les écrans. Sauf nouveau 11 septembre sous quarante-huit heures – et encore… – 227 grands électeurs vont revenir, à coup sûr, au candidat démocrate. Il y a toute probabilité qu’il s’en adjuge 64 de plus. Cela devrait lui en donner 291 au moins, soit 21 de plus que les 270 nécessaires pour entrer à la Maison-Blanche alors que John McCain ne dispose que de 126 voix certaines et 33 probables et que, même si les 88 voix des Etats toujours incertains finissaient par lui revenir, cela ne lui en ferait que 247 au total, 23 de moins que le chiffre requis. Virtuellement, c’est joué. Obama est virtuellement élu. L’un de ses proches me disait, hier soir, qu’il le serait même de façon éclatante mais deux choses retiennent de l’affirmer. La première est que, même convergents, les sondages peuvent se tromper car ils photographient un instant et ne constituent pas un pronostic et la deuxième est qu’on est dans une situation sans précédent. Jamais dans l’histoire des Etats-Unis un candidat noir n’avait été en situation de remporter la présidentielle. Une nation à plus de 85% blanche s’apprête à élire un Noir et toute la question est de savoir si, au jour du vote, dans le secret de l’isoloir, le poids des préjugés pourrait ou non bouleverser la donne. A la base, beaucoup de démocrates s’en rongent le foie mais dans l’entourage de Barack Obama, ce n’est pas le cas. « Les 3% ou 4% de Blancs qui ne voteraient jamais pour un Noir, disent ses conseillers, auraient, de toute façon, voté républicain. L’Amérique, ajoutent-ils, vient d’avoir, deux secrétaires d’Etat noirs, un général puis une femme. La question raciale, affirment-ils, n’est plus un facteur déterminant et ne peut pas peser face à la mobilisation des jeunes et de l’électorat noir. Le désir de changement, martèlent-ils, le charisme de Barack Obama, la crise économique et les cafouillages de John McCain ont totalement balayé cette hypothèque ». « Vous en êtes sûr ? », demandez-vous. « Ma mère, répond l’un de ces jeunes stratèges démocrates, faisait samedi, du démarchage en Pennsylvanie. Elle sonne chez un couple de petits retraités blancs, leur demande pour qui ils voteront et savez-vous ce qu’ils répondent ? « Pour le nègre » - pas pour le Noir : pour le Nègre. Croyez-moi, reprend-il, l’Amérique est si fatiguée des Républicains que même des racistes ordinaires voteront Obama ».

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