Ramenée aux intérêts en lice, la politique est souvent simple. Hier soir, alors qu’on approchait de cette victoire tant annoncée des Républicains qui ont, effectivement, pris la Chambre, fait fondre la majorité démocrate au Sénat et réduit ainsi les possibilités d’action de Barack Obama, c’est à la hausse que la Bourse a terminé la journée. Grandes entreprises et grandes fortunes saluaient d’avance la défaite d’un président jugé socialiste parce qu’il a réintroduit un minimum de réglementation des marchés, supprimé les baisses d’impôts des plus riches et nui aux compagnies d’assurance en imposant une réforme de la couverture médicale qui les laisse moins libres de régner sur la santé publique. A part al Qaëda, il n’y a pas, aujourd’hui, plus impopulaire aux Etats-Unis que Wall Street et les banques mais les électeurs leur ont donné la victoire parce que le taux de chômage flirte avec les 10% et que l’endettement de l’Etat est devenu vertigineux, parce que l’économie va mal, que la puissance américaine est amoindrie et que les Américains voulaient, donc, sanctionner une majorité qui n’y est, pourtant, pour rien. Les Démocrates ont essuyé une défaite parce que la guerre d’Irak et la déréglementation financière, l’œuvre des Républicains, avaient creusé les déficits et construit la crise. Le paradoxe est total, l’injustice absolue. Le simplisme de ce scrutin ne confirme que trop le jugement de Churchill sur la démocratie, « le pire des systèmes, disait-il, à l’exception de tous les autres », mais où vont, maintenant, les Etats-Unis ? Sur leur scène intérieure, un bras de fer s’ouvre aujourd’hui entre la Maison-Blanche et les Républicains qui voudront – c’était leur promesse – restaurer les baisses d’impôts en faveur des plus riches, tailler dans les dépenses sociales et priver de ses financements la réforme de la couverture médicale. Les Républicains auront pour arme leur majorité à la Chambre qui leur permettra – cela s’est déjà vu aux Etats-Unis – de menacer de priver de ressources le gouvernement en bloquant les autorisations de dépense. Certains des Démocrates les plus conservateurs leur prêteront la main mais Barack Obama a, lui, le pouvoir présidentiel d’opposer son veto à une loi votée par le Congrès. Tout, en conséquence, va maintenant se négocier, donnant-donnant, dans un marchandage permanent entre deux camps qui voudront constamment prendre l’opinion à témoin dans la perspective de la présidentielle de 2012. Une campagne électorale s’achève, une autre s’ouvre que Barack Obama a d’autant moins perdue d’avance que les Républicains sont divisés entre conservateurs traditionnels et ultra conservateurs du Tea Party qui s’étaient imposés dans les primaires mais dont le radicalisme n’a pas toujours séduit, loin de là, les électeurs. L’Amérique va se chercher pendant deux ans et la politique étrangère pourrait peser lourd dans cet entre-deux – en faveur des Républicains si rien n’empêchait les Iraniens de se doter de la bombe et en faveur de Barack Obama si les discrètes mais intenses tractations en cours permettaient une relance des négociations israélo-palestiniennes. Ce président n’a pas déjà perdu 2012 mais la question est de savoir s’il n’est pas trop intellectuel et nuancé, trop ennemi de la facilité, pour une vie politique qui ne l’est pas.

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