Au-delà des apparences, la politique ukrainienne de Vladimir Poutine est parfaitement claire. Seuls ses signaux sont contradictoires. Il menace durant des semaines d’arrêter les livraisons de gaz à Kiev et de perturber, par là, les approvisionnements de l’Union européenne puis signe, tout soudain, un accord tout à fait acceptable et levant toute crainte, jusqu’au printemps prochain du moins. Il reconnaît la légitimité des législatives ukrainiennes qui avaient donné, il y a huit jours, une écrasante majorité aux partisans d’un rapprochement avec l’Europe puis approuve l’organisation, hier, d’élections présidentielles dans les deux régions de l’Est aux mains des sécessionnistes pro-russes. Il fait et dit tout et son contraire mais poursuit, en fait, un objectif parfaitement cohérent qui est de vouloir le beurre, l’argent du beurre et les charmes de la crémière. Comme il ne veut pas d’une complète rupture avec l’Europe et les Etats-Unis et, moins encore, d’un risque de confrontation militaire avec eux, il ne marche pas sur Kiev, ne coupe pas les robinets du gaz et ne met pas même en doute la régularité des élections ukrainiennes. Sur ces terrains inflammables, c’est business as usual, respect des règles et usages internationaux mais, comme il ne veut pas non plus admettre que son agressivité militaire et l’annexion de la Crimée ont eu pour résultat d’amener l’écrasante majorité des Ukrainiens à se détourner de la Russie avec laquelle ils avaient, pourtant, des liens aussi profonds qu’anciens, comme il ne veut surtout pas s’avouer vaincu devant sa propre opinion, il continue de soutenir, armer et financer les sécessionnistes des régions de Donetsk et de Lougansk en leur laissant le soin de dire à haute voix ce que lui pense tout bas.Elu hier président de la région de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko explique ainsi que son ambition est de « construire un nouvel Etat qui deviendra légitime après ces élections et de récupérer les territoires de l’Est actuellement sous contrôle ukrainien ». Les territoires en question, c’est la bande côtière qui mène, le long de la mer d’Azov, à la Crimée et permettrait à la Russie d’alimenter cette péninsule annexée par la route et de former, sur son flanc occidental, un nouvel Etat de fait sur lequel elle exercerait un protectorat. C’est une nouvelle partition de l’Ukraine qui est à l’œuvre. C’est pour cela que les combats n’ont jamais cessé dans les régions orientales du pays vers lesquelles la Russie achemine, depuis deux jours, de nouvelles troupes et de nouveaux armements par des camions sans plaques mais qui ne peuvent évidemment pas venir d’ailleurs que de chez elle. A court terme, Vladimir Poutine est gagnant. On ne voit pas ce qui pourrait l’empêcher de mener son entreprise à bien mais, à moyen et long terme, il isole toujours plus son pays de l’Europe, le met dans la main de la Chine et se met lui-même en danger en plongeant l’économie russe dans un complet marasme.

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