Ce n’est pas le plus probable mais, oui, Donald Trump peut sortir vainqueur de la présidentielle américaine.

Donald Trump en meeting à Warren, à Warren, dans le Michigan
Donald Trump en meeting à Warren, à Warren, dans le Michigan © Getty / Chip Somodevilla

Les sondages sont désormais si fluctuants qu’on ne le saura que mardi soir mais la certitude est que, grosse ou petite, majoritaire ou pas, une moitié des Américains aura souhaité l’élection d’un homme aussi profondément vulgaire qu’inculte et fantasque, d’un irresponsable aussi peu fait pour la présidence des Etats-Unis qu’un analphabète pour le Nobel de littérature.

C’est effarant. C’est inquiétant, mais il y a des raisons à cela.

Comme dans le reste du monde, les inégalités n’ont jamais été si grandes aux Etats-Unis depuis près d’un siècle. Le salaire médian y a régressé alors que les revenus des plus grands patrons devenaient intolérablement obscènes. Le coût des études universitaires est maintenant tel que, sauf à être issus de familles fortunées, les étudiants commencent leur vie professionnelle avec une dette de plusieurs centaines de milliers de dollars.

La présence de nombreux immigrés clandestins et le libre échange avec des pays dont la main d’œuvre ne pèse guère sur les bilans exercent une pression sur les salaires des ouvriers et employés. Le recul de l’Etat et des investissements publics frappe les équipements collectifs d’obsolescence. Tout cela crée une insécurité et une rancœur sociales d’une ampleur toujours plus grande et ce n’est pas tout.

Comme dans le reste du monde occidental, il faut aussi compter avec un décalage culturel croissant entre les couches populaires et les milieux urbains les plus éduqués. Les uns se préoccupent, à juste titre bien sûr, des inégalités dont les femmes continuent à être victimes alors que les autres s’inquiètent de la baisse de revenus des hommes qui, dans les classes les moins favorisées, restent souvent seuls en charge de leur famille. L’évolution des mœurs, en un mot, a aussi ses laissés pour compte, les mêmes que ceux de la progression du PIB

Une moitié de l’Amérique se sent dépassée par des évolutions économiques et sociales qui la heurtent de plein fouet, dans ses intérêts et son identité. Il y a deux Amérique et c’est la plus mal lotie qui a fait son héros de Donald Trump car, plus il pourfend les milieux dirigeants, la presse et les appareils politiques, républicain et démocrate, plus elle se sent exprimée par lui, même lorsqu’elle perçoit ses excès.

Or le trumpisme n’est pas qu’américain.

Il est, bien au contraire, occidental car il prospère tout autant en Europe où la constante montée des nouvelles extrêmes-droites tient aux mêmes raisons. On aurait autrement dit tort, gravement tort, de se rassurer d’une victoire d’Hillary Clinton ou, demain, d’un échec de Mme Le Pen au second tour français.

Les prochaines tentatives de ce courant pourraient bien être les bonnes. Le danger est là, rampant, croissant, et l’on ne pourra le parer que par une relance des investissements publics, l’instauration d’un juste échangisme, la remise en route de l’ascenseur social et un retour à la décence dans la répartition des revenus.

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