Si le reste du monde pouvait voter aujourd'hui, Donald Trump serait défait haut la main, mais le départ du président sortant ne dit pas à quoi ressemblera une présidence Biden, car l'Amérique et le monde ont changé. Tout est à réinventer.

Donald Trump à l’issue d’un meeting de campagne le 1er novembre à Dubuque, Iowa.
Donald Trump à l’issue d’un meeting de campagne le 1er novembre à Dubuque, Iowa. © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Les électeurs américains n’en ont pas réellement conscience pour la plupart, mais ils tiennent entre leurs mains la direction du monde dans les prochaines années. Ca peut paraître excessif de présenter l’enjeu électoral américain comme ça, mais ça ne l’est pas vraiment.

Ces élections ont pris l’allure d’un « stop ou encore » pour Donald Trump, d’abord pour sa gestion chaotique du covid ou pour l’avenir de l’économie américaine malmenée. 

Mais c’est aussi l’enjeu sur la scène internationale, avec, d’un côté un Trump qui a plus d’amis chez les autocrates que dans les démocraties libérales ; et de l’autre, un Joe Biden qui incarne, non pas un retour au "monde d’avant" qui n’existe plus, mais une version plus policée de la diplomatie et du leadership. 

La politique internationale n’est évidemment pas le sujet numéro un dans la tête des électeurs américains ; mais si le reste du monde pouvait voter, Biden serait assurément élu haut la main. Au moins en Europe si l’on en croit les études d’opinion.

Le bilan de Donald Trump est plus nuancé qu’on l’imagine

Au cours de son mandat, Donald Trump s’est certes employé à détricoter l’ordre international que l’Amérique avait elle-même façonné depuis des décennies. Il a quitté de grands accords internationaux ; fait sortir les États-Unis de l’Unesco ou de l’OMS ; fragilisé ses alliances militaires avec l’Europe ou la Corée du Sud ; rendu la diplomatie américaine imprévisible, soumise à un tweet impulsif.

Mais à son crédit, Donald Trump n’a pas démarré de nouvelle guerre comme on pouvait le redouter, et la classe politique américaine reconnait qu’il a eu raison de durcir le ton vis-à-vis de la Chine, même s’il l’a fait de manière brouillonne et incohérente.

Quatre ans de plus de Trump auraient deux conséquences

Un affaiblissement peut-être fatal de l’ordre multilatéral et du système d’alliances des États-Unis ; un retrait américain accru de la marche globale du monde, à un moment de grand désordre. 

Qu’attendre d’une présidence Biden ?

La réponse est plus complexe, même si Joe Biden a une longue expérience des affaires internationales, en tant que sénateur puis vice-président de Barack Obama.

Mais ce n’est pas Biden qui a changé, c’est l’Amérique, fatiguée par ses « guerres sans fin », en colère contre une mondialisation qui a fait fuir les emplois, et divisée comme rarement auparavant. L’agenda de Joe Biden, s’il est élu, sera d’abord domestique, car il héritera de la pandémie et de ses conséquences dans un pays polarisé.

L’Amérique redeviendra multilatéraliste - Joe Biden a déjà annoncé que son premier geste sera de réintégrer l’Accord de Paris sur le climat, une bonne nouvelle pour la planète- ; et il sera assurément plus prévisible.

Mais tout est à réinventer, les relations entre les États-Unis et leurs alliés, un vrai défi pour une Europe qui peine toujours à exister collectivement ; et la gouvernance mondiale à l’heure de l’émergence de la Chine et de puissances régionales agressives. Mais le premier avantage d’une défaite de Trump sera concret : le monde ne sera plus à la merci d’un tweet vengeur d’un président qui a trop regardé Fox News !

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