Maintenant confirmée, l’affaire demeure, plus que jamais, mystérieuse. Après trente-deux jours de complet silence – ni démenti, ni reconnaissance, même officieuse, rien – l’armée israélienne a consenti, hier, à indiquer, d’une phrase, que son aviation avait bel et bien « attaqué un objectif militaire en profondeur du territoire syrien le 6 septembre » dernier. Dans la mesure où le président syrien, Bachar al-Assad, avait lui-même fini, la veille, par dénoncer cette attaque dans une interview à la BBC et par affirmer, du coup son « droit à prendre des mesures de rétorsion », les faits sont désormais officiellement reconnus. Cela ne constitue pas une révélation puisque la Turquie avait déjà protesté auprès d’Israël, il y a un mois, contre une violation de son espace aérien après avoir retrouvé, sur son sol, à proximité de la frontière syrienne, des réservoirs vides, de toute évidence largués par des avions de combat israélien. Depuis lors, des rumeurs, vraies ou fausses, avaient même fait état de la pénétration d’un commando israélien en Syrie qui aurait guidé cette frappe mais reste à comprendre ce qui a pu la motiver. La certitude est que l’affaire était sérieuse car j’ai pu apprendre, de source européenne, que le Premier ministre israélien s’était déplacé en personne, cette nuit du 6 septembre, pour suivre le déroulement de l’opération, aux côtés de ses responsables. Il s’agit, là, d’une chose totalement inhabituelle et l’enjeu était suffisamment important pour qu’Ehud Olmert ait également souhaité avertir, à l’avance, les leaders de l’opposition, démarche rare dont le chef du Likoud, Benjamin Netanyahu, avait trahi le secret la semaine dernière. C’était grave, « très grave », dit-on à Paris où l’on n’est pas plus bavard qu’ailleurs mais quoi ? Première hypothèse, les Israéliens auraient frappé un convoi ou un stock d’armes iraniennes destinées au Hezbollah libanais et transitant par la Syrie. C’est plausible mais, ces transits étant réguliers si ce n’est permanents, pourquoi Israël aurait-il soudain décidé de monter la barre aussi haut ? Parce qu’il se serait agi d’armes beaucoup plus perfectionnées que d’ordinaire ? D’armes iraniennes avec lesquelles Israël aurait pu être un jour, en situation de crise, frappées en plein coeur et non plus seulement à la frontière nord ? D’armes qui auraient pu être utilisées, en clair, en cas de bombardements américains contre l’Iran ? Peut-être. Ce ne serait pas en soi invraisemblable mais impossible d’en être sûr et une autre explication circule en attendant, véhiculée par les milieux les plus conservateurs de Washington. A les en croire – mais il n’y a aucune raison de les croire sur parole – la Corée du Nord aurait cédé à la Syrie, simple question d’argent, des équipements relativement avancés lui permettant d’aller de l’avant vers l’arme nucléaire. Ce n’est pas, non plus, impossible en soi car le monde entre à grands pas dans l’ère de la prolifération mais, entre l’absence d’explications israéliennes et la peu crédible allusion de Bachar al-Assad au « bâtiment militaire inutilisé » qui aurait été visé, on est dans le noir.

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