L’un, Barack Obama, est un benjamin – jeune par l’âge et le très petit nombre d’années, surtout, passées dans la politique nationale puisque son élection au Sénat ne remonte qu’à 2004. L’autre, John McCain, est un vieux routier – septuagénaire et sénateur depuis 1987. Le premier s’est donc choisi un colistier qui pourrait être son père tandis que la colistière du second pourrait être sa fille, née sur le tard. En débat, hier soir, les candidats à la vice-présidence américaine, Joe Biden et Sarah Palin, sont l’image inversée des candidats à la présidence et il y avait, ainsi, quelque chose de profondément faux dans leur confrontation. Non seulement ils n’incarnent, ni l’un ni l’autre, ce qui se passerait si leur camp gagnait mais le sénateur du Delaware devait se garder de jouer ses cartes en écrasant sa rivale de son expérience tandis que la gouverneure de l’Alaska avait à se montrer ce qu’elle n’est pas : femme de tête, maîtrisant ses dossiers et à même de gouverner. Le premier avait à éviter toute condescendance, la seconde à ne pas laisser voir la moindre faille. Ni gaffes ni paternalisme, l’un et l’autre y sont parvenus mais, devant les écrans, on est resté sur sa faim et ce débat, sans intérêt ni grands moments, n’aura probablement pas changé grand-chose à une campagne qui semble bien tourner, pour l’heure, à l’avantage des Démocrates. Toute prédiction serait hasardeuse. Choc de personnalités, une présidentielle se joue régulièrement dans la centaine d’heures précédant le vote mais, à trente-trois jours de l’élection, tout conspire à nuire aux Républicains. Les Américains ne veulent plus des guerres auxquelles Georges Bush les a conduits. Ils ne sont plus du tout convaincus qu’elles auraient fait reculer le terrorisme et ces huit années de présidence républicaine s’achèvent, maintenant, dans la débâcle financière que l’on sait alors même que c’est la situation économique qui importe le plus aux électeurs et qu’ils font plus confiance aux Démocrates qu’aux Républicains sur ce dossier. Tout favorise, aujourd’hui, Barack Obama et les sondages le reflètent. Il est repassé en tête des intentions de vote au niveau national et les « swing states », ces Etats incertains, basculants, où se jouera l’élection, penchent désormais en sa faveur – de 8 points en Floride et dans l’Ohio et de 15 en Pennsylvanie. Le moment porte tellement le candidat démocrate qu’il y a quelque chose de suspendu dans la campagne qui ne se mène plus qu’à bas bruit. John McCain ne sait, apparemment, plus trop quoi dire pour remonter la pente. Barack Obama paraît, lui, ne pas vouloir risquer de prononcer un mot de trop. L’un et l’autre se sont faits discrets mais, comme ils ne pourront pas le rester un mois de plus et que deux débats télévisés les attendent encore, tout reste ouvert avec, en toile de fond, une grande question sans réponse car elle est taboue. Dans le secret de l’isoloir, au moment de vérité, de combien de points pèsera la question raciale ? Bien qu’elle ne soit plus déterminante, on ne sait pas.

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