C’est la sanction d’une profonde erreur politique. Mikhaïl Saakachvili, le jeune président qui a perdu, lundi, les législatives géorgiennes, voulait faire entrer son pays dans l’Otan alors même qu’il est limitrophe de la Fédération de Russie, qu’il avait appartenu à l’empire russe depuis 1801 et avait été intégré, de force mais durant sept décennies, à l’URSS avant de recouvrer son indépendance à la faveur de l’éclatement soviétique.

Cette ambition était légitime puisque tout Etat a le droit de choisir ses alliances. Elle était très largement partagée, surtout, par la population géorgienne qui voulait se placer sous protection atlantique afin de décourager toute nouvelle tentative d’annexion russe ou même d’immixtion dans ses affaires intérieures, mais elle n’en était pas moins irréaliste et vouée à l’échec.

Cette ambition était irréalisable car elle avait été formulée dans un moment, les années 2000, où la Russie ne voulait plus laisser se réduire sa zone d’influence historique et non pas dans les années 90, au pic de l’affaiblissement russe dont les Républiques baltes avaient, elles, su profiter pour rejoindre l’Otan sans que le Kremlin ne puisse ni ne veuille vraiment s’y opposer.

Il y avait d’abord là une erreur de période de la part de Mikhaïl Saakachvili mais également, bien plus profondément encore, une erreur d’appréciation géopolitique car, autant la Russie pouvait laisser passer les Pays baltes à l’Ouest sans que sa sécurité n’en soit affectée, autant elle ne pouvait pas admettre que l’Otan s’étende à ses frontières méridionale et occidentale, pas plus à la Géorgie qu’à l’Ukraine qui eut la même ambition.

Les Russes ne le pouvaient pas plus que les Etats-Unis n’auraient pu accepter que le Mexique et le Canada intègrent une alliance militaire dominée par la Russie. Là, c’était évidemment trop pour Moscou qui s’est donc attelée à empêcher ces élargissements de l’Otan. En Ukraine, la Russie a joué avec succès sur la division culturelle et religieuse de ce pays dont une large moitié de la population se sent plus proche d’elle que des Occidentaux. En Géorgie, où la partie était moins facile pour les Russes car cette division de la population n’y existe pas, Vladimir Poutine s’est servi du sécessionnisme de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, deux régions de la Géorgie à l’identité propre qui préféraient la lointaine autorité Moscou à celle de Tbilissi, bien trop proche à leurs yeux.

La Russie a encouragé leur sécessionnisme et Mikhaïl Saakachvili a commis alors, en 2008, la bévue à ne pas faire en tentant de reprendre le contrôle de l’Ossétie avec le secret espoir que l’Amérique viendrait l’appuyer. L’Amérique n’a pas bougé et la Géorgie défaite était depuis dans un entre-deux, sous pression russe mais, de fait, lâchée par l’Otan, et c’est ainsi qu’un milliardaire géorgien qui a fait sa fortune en Russie, Bidzina Ivanichvili, a remporté ces législatives sans que ses intentions ne soient encore claires.

Sera-t-il l’homme qui livrera son pays aux Russes ? S’efforcera-t-il au contraire, comme il le dit, comme la Raison le commanderait et comme Mikhaïl Saakachvili l’aurait dû, de faire de la Géorgie un pays neutre, un pont entre les Occidentaux et la Russie ? Trop tôt pour le dire mais l’enjeu est de taille.

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