Il y a des hommes dont la chute est réjouissante et celle de Silvio Berlusconi l’est à un double titre. Condamné, hier, à voter la confiance à un gouvernement qu’il avait entrepris de faire tomber le week-end dernier, contraint à le faire parce que son propre parti ne le suivait plus et que ses plus proches lieutenants l’avaient désavoué, ce « caïman » – puisque c’est le surnom que les Italiens lui ont donné – incarnait ce que l’on peut imaginer de plus détestable en politique.

Il n’avait ni convictions ni idéal. Il ne s’était pas lancé à l’assaut du pouvoir parce qu’il avait des idées à défendre mais parce que l’explosion de la vieille démocratie-chrétienne dans un pays fondamentalement à droite lui avait offert, il y a vingt ans, la possibilité d’ajouter les leviers gouvernementaux à l’énorme influence que lui donnait déjà sa fortune. Roi des télévisons privées, si riche qu’il fut durant dix ans l’homme le plus riche d’Italie, Silvio Berlusconi avait tout simplement vu, en businessman, qu’un créneau vide était à occuper sur l’échiquier italien et il s’était rué dessus en créant de toutes pièces un parti, Forza Italia, En avant l’Italie, dont les cadres étaient tout simplement ceux de son groupe financier.

C’était du jamais vu, nulle part, mais cela avait marché parce que les électeurs conservateurs ne savaient alors plus à quel saint se vouer et qu’ils leur avaient vendu l’idée que puisqu’il avait su devenir multimilliardaire, il saurait également enrichir l’Italie. Dur à croire ? Oui, très dur à croire, mais si son premier gouvernement tombe au bout de huit mois après que ses alliés néo-fascistes l’eurent lâché, il revient aux affaires en 2001, pour cinq ans, et se fait réélire à nouveau, en 2008, avant de devoir se retirer il y a deux ans en laissant son pays au bord de la faillite.

Durant deux décennies, Silvio Berlusconi aura été au cœur de toute la vie politique italienne, incontournable et insubmersible malgré les poursuites judiciaires que lui valaient des dossiers de malversations en tout genre. Toujours graveleux, lifté, teint et maquillé, il était ce que les Américains appellent une « disgrâce » mais l’Italie en est maintenant débarrassée depuis qu’il vient d’échouer à organiser une crise politique dans le seul but de tenter d’échapper à la Justice dont l’étau s’est enfin resserré sur lui.

Une page se tourne. L’Italie et l’Union européenne échappent ainsi à une crise qui aurait pu faire replonger l’euro en plombant l’économie de la Péninsule. Ce n’est pas seulement un caïman qui est écarté mais également un grand danger et la seconde raison de se réjouir de cette chute est qu’elle renforce l’autorité d’un jeune chef de gouvernement, Enrico Letta, 47 ans, qui a su faire face avec calme et détermination au dernier mauvais coup de Silvio Berlusconi. Maintenant qu’il l’a terrassé, l’Italie, la troisième économie de la zone euro, est entre les mains d’un homme aussi décidé à rétablir les comptes publics italiens qu’à faire évoluer les politiques européennes en faveur d’un effort de croissance volontariste. Le camp de la croissance vient de se renforcer en Europe et c’est une bonne, une excellente nouvelle.

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