Il se passe d’étranges choses en Russie. Vladimir Poutine est supposé y être tout puissant. Hormis quelques kamikazes qui, aujourd’hui, ne pèsent guère, on n’imagine pas que quiconque puisse s’y opposer à lui mais le fait est que son gouvernement et les milieux d’affaires y tiennent désormais un discours radicalement différent du sien.

Hier à Moscou, un forum d’investisseurs russes et étrangers a ainsi pu entendre deux visions diamétralement opposées de l’état économique du plus étendu des pays du monde. Pour Vladimir Poutine, tout va bien. « Les facteurs fondamentaux garantissant notre stabilité sont très forts, très solides », a-t-il déclaré avant d’ajouter qu’en « ce qui concerne la petite poussé inflationniste, je suis convaincu que ce n’est qu’un phénomène temporaire ». Pour son ministre de l’économie, Alexandre Oulioukaïev, la situation est au contraire « explosive », rien de moins, car l’inflation devait atteindre les 8% cette année tandis que la croissance devrait être inférieure à 1% du PIB.

L’inquiétude du ministre parait partagée par les investisseurs puisque les deux indices de la Bourse de Moscou ont parallèlement atteint des niveaux plancher tandis que le rouble ne cesse de reculer par rapport aux deux grandes devises de réserve, euro et dollar. Plus frappant encore, German Gref, le patron de la plus grande banque de Russie, la Sberbank, a estimé le même jour que le pays risquait de subir le même sort que la défunte Union soviétique, autrement dit une explosion, car « la raison principale de la dissolution de l’URSS, a-t-il expliqué, a été l’incompétence frappante de ses dirigeants qui n’ont pas respecté les lois du développement économique ».

C’était dire que cette incompétence se retrouve aujourd’hui. C’était en accuser, entre les lignes, Vladimir Poutine qui, jamais depuis son arrivée au pouvoir, n’avait été autant critiqué dans les cercles dirigeants russes et la raison en est la crise ukrainienne.

Inquiets de l’effet des sanctions occidentales sur une économie déjà mal en point, les milieux industriels et financiers crient casse-cou. Il y a plusieurs mois qu’ils avaient commencé à le faire à mi-voix. Ils haussent maintenant le ton parce qu’ils ne voient plus où le Kremlin mène le pays, qu’ils craignent un effondrement de l’activité, un arrêt des investissements étrangers et une fermeture des marchés occidentaux aux investissement russes. Le FMI avait de son côté qualifié, mercredi, de « tristes » les perspectives de l’économie russe mais, sourd à cette inquiétude et au-delà des trêves qui ne tiennent pas, Vladimir Poutine poursuit inexorablement son entreprise de déstabilisation de l’Ukraine qu’il ne veut pas voir s’éloigner de Moscou.

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