Ce fut un week-end qui dit toute la crise de la social-démocratie.

A Madrid, le PSOE, le parti socialiste espagnol, a poussé son chef de file à la démission parce qu’il refusait que l’abstention de la gauche permette la reconduction du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Instigateur de ce putsch, l’appareil socialiste avait ses raisons. Il craignait que le PSOE n’essuie un nouveau recul si les Espagnols étaient appelés aux urnes pour la troisième fois en un an et ne voulait pas, non plus, que le pays continue à s’enfoncer dans la crise faute de pouvoir dégager une majorité.

C’était de vraies raisons mais le résultat de cette décision est que le PSOE va sans doute perdre, maintenant, encore plus d’électeurs au profit de la nouvelle gauche de Podemos. Cela s’était samedi et, hier dimanche, en Grande-Bretagne où les conservateurs étaient réunis en congrès, la Première ministre britannique, Theresa May, a pu ne rien dire, absolument rien, de ce qu’elle entendait faire du Brexit car l’opposition travailliste est tellement divisée entre son aile gauche et son aile centriste que la droite est seule en scène. La gauche britannique est aux abonnés absents et, hier toujours, en France, dans le Journal du Dimanche, Alain Juppé ouvrait à nouveau les bras aux « déçus du hollandisme » comme s’il n’y avait plus de PS – ce qui n’est pas précisément faux.

Or il n’y a pas que l’Espagne, la Grande-Bretagne et la France. Il y a aussi l’Allemagne, l’Italie, la Scandinavie où la social-démocratie a perdu beaucoup d’électeurs et c’est dans toute l’Europe, en fait, que cette grande force à laquelle on doit la protection sociale n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Ce recul tient à l’histoire.

La social-démocratie était née dans les années 20, en Suède, d’une renonciation aux mythes révolutionnaires et d’une volonté d’imposer des concessions sociales au capital par l’instauration de rapports de forces politiques organisés par des partis ouvriers appuyés par des syndicats de masse.

Cette stratégie a marché. Elle a connu son apogée après guerre lorsque la reconstruction assurait le plein emploi et que la peur de l’URSS incitait les classes possédantes aux compromis sociaux et puis tout a changé à compter des années 70. La reconstruction achevée, la social-démocratie s’est heurtée à la fin du plein emploi, à un rapport de forces qui n’était plus aussi favorable aux salariés. Dans les années 80, la peur du communisme a disparu avec l’effondrement soviétique. Dans les années 90, une nouvelle révolution industrielle a démantelé les forteresses ouvrières qu’étaient les grandes industries lourdes et, depuis 30 ans, la réduction des distances a permis la délocalisation des entreprises qui ont ainsi les moyens d’échapper aux législations sociales européennes. La social-démocratie ne pourrait restaurer le rapport de forces qui avait fait son succès qu’en recréant une puissance publique à l’échelle continentale mais le paradoxe est que ses électeurs, notamment ouvriers, ne veulent pas de l’Europe politique qu’ils associent, à tort mais c’est ainsi, aux bouleversements historiques dont ils sont victimes.

Profonde, la crise de la social-démocratie a tout aujourd’hui pour durer.

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