Mark Zuckerberg s'en est pris vivement au projet d'Elizabeth Warren de "casser les monopoles" et a promis de se battre. La candidate démocrate, qui a le vent en poupe, lui a vertement répondu. Un contraste avec l'époque où la Silicon Valley était unanimement pour Obama, un reflet de la puissance acquise par le secteur.

Elizabeth Warren en campagne dans le New Hampshire le 25 septembre 2019. La Sénatrice du Massachussetts est passée en tête des candidats démocrates dans les sondages nationaux.
Elizabeth Warren en campagne dans le New Hampshire le 25 septembre 2019. La Sénatrice du Massachussetts est passée en tête des candidats démocrates dans les sondages nationaux. © AFP / Scott Eisen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

A ma droite, Marc Zuckerberg, le tout puissant patron du réseau social Facebook ; à ma gauche, littéralement, Elizabeth Warren, candidate à l’investiture démocrate à la présidentielle américaine, et l’une des favorites pour l’emporter.

Telle pourrait être l’affiche d’un combat qui en dit long sur les transformations de l’Amérique, sur les valeurs et les priorités qui changent. Un combat entre les nouveaux maîtres du monde, les Google, Amazon et Facebook devenus des géants toute catégorie, et les personnalités politiques qui veulent réguler et casser les monopoles.

Elizabeth Warren, une personnalité de la gauche américaine, est la candidate qui monte dans le camp démocrate. Pour la première fois cette semaine, elle devance Joe Biden dans les sondages nationaux, et même s’il est bien trop tôt pour préjuger de l’issue des primaires démocrates, la Sénatrice du Massachussetts est assurément la personne à suivre en ce moment.

D’où l’intérêt de son clash, cette semaine, avec Mark Zuckerberg, victime, lui aussi -comme Donald Trump !-, d’une fuite d’un discours qui était à usage interne.

Dans un échange avec ses équipes, Mark Zuckerberg réagissait vivement à une proposition d’Elizabeth Warren de « casser les monopoles » des géants technologiques, dont Facebook et ses 2 milliards d’utilisateurs. « Face à une menace existentielle, vous allez au combat et vous vous battez », a lancé Zuckerberg, qui s’est dit prêt à poursuivre le gouvernement fédéral en justice si Elizabeth Warren est élue et applique son programme.

La candidate ne s’est pas laissée démonter

« Ce qui craindrait vraiment, a -t-elle rétorqué sur Twitter, ce serait de ne pas chercher à modifier un système corrompu qui laisse d'énormes sociétés comme Facebook utiliser les pratiques anticoncurrentielles illégales, fouler aux pieds le droit à la vie privée des consommateurs, et se délester sans cesse de leur responsabilité de protéger notre démocratie ».

C’est peut-être du théâtre politique, mais qui en dit long sur l’exaspération d’une partie de l’opinion, celle qu’incarne Elizabeth Warren, face au pouvoir des GAFA.

Il faut se souvenir qu’en 2008, la Silicon Valley était massivement derrière Barack Obama, qui avait fait un usage savant des plateformes naissantes, avec le soutien militant de leurs ingénieurs. En 2016, encore, une seule personnalité de la technologie, Peter Thiel, s’affichait ouvertement avec Donald Trump.  

Mais les idéalistes des débuts d’internet se sont transformés en multinationales qui ont des intérêts à défendre, comme l’a crûment exprimé Zuckerberg. Et la gauche démocrate, qui a le vent en poupe, menace ces intérêts.

Dans le New York Times cette semaine, le prix Nobel d’économie Paul Krugman estimait que la détestation d’Elizabeth Warren était telle chez les super-riches américains que certains pourraient soutenir Donald Trump si elle était choisie. 

On est loin du temps où le jeune Mark Zuckerberg mettait une cravate pour accueillir Barack Obama en ami à Palo Alto.

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