De droite ? De gauche ? Si Jacques Chirac n’avait pas bel et bien été le candidat de la droite française aux dernières élections présidentielles, si ce n’était pas à droite qu’il avait inscrit toute sa carrière politique, ont aurait pu s’interroger en l’écoutant, hier, au sommet de la Terre, à Johannesburg. Ce prophétisme (« L’humanité soufre. Elle souffre de mal-développement »), ce militantisme (« Notre défaillance doit conduire à une révolution du mode de production »), ce lyrisme accusateur (« Prenons garde que le XXI° siècle ne devienne celui d’un crime contre la vie »), toutes ces formules et ce ton rappelaient les premières gauches, celles du XIX°, de la révolution industrielle, mais, à côté des propositions, ce n’était encore rien. Devant ce parterre de chefs d’Etat, Jacques Chirac a tout simplement appelé à trouver « de nouvelles sources de financement » au développement et à la protection de la planète - « par exemple, a-t-il dit, un prélèvement de solidarité sur les ressources qu’engendre la mondialisation ». Dans les manifestations antilibérales de Gênes ou de Seattle on appelait cela la « Taxe Tobin » et, si le Président de la République n’a pas employé cette expression, c’est évidemment le même principe qu’il avait en tête, celui d’un impôt mondial en faveur des plus pauvres et du long terme. Ce n’est pas tout. Reprenant à son compte le concept de « biens publics mondiaux », de ressources naturelles, en clair, que la collectivité mondiale doit soustraire aux intérêts privés, Jacques Chirac a également proposé d’organiser une « gouvernance mondiale », un pilotage politique du monde appuyé sur une Organisation mondiale de l’environnement et un Conseil de sécurité économique et social. Hier, et ce n’était pas la première fois, cet homme de droite s’est, en bref, affirmé en partisan résolu de la régulation économique internationale, d’un interventionnisme transcendant nations et Etats, d’un modèle en tous points contraire au laisser-faire des libéraux. Alors de droite ? De gauche ? « Des mots », a aussitôt jugé Noël Mamère, soulignant que le même homme défendait, à Paris, le maintien des subventions européennes au productivisme agricole. C’est vrai. Jacques Chirac n’oublie pas ses élections mais les mots comptent en politique et, plutôt que de récuser un tel discours, il serait temps de voir qu’il y a deux droites comme il y a plusieurs gauches, la droite libérale, très minoritaire en Europe, et une autre, attachée à la puissance publique et à la concertation sociale, à un Etat fort, arbitre, à ce qui fait le modèle européen. Comme la gauche hier, la droite gouverne l’Europe mais, à droite ou à gauche, l’Europe est d’abord elle-même, historiquement modelée par les Etats, culturellement plus étatiste que les Etats-Unis qui, eux, l’ont été par les individus. Si la gauche comme la droite, en France comme dans toute l’Europe, débordent leurs frontières traditionnelles, c’est qu’une nouvelle frontière politique se substitue à l’ancienne, en Europe et dans le monde – celle qui sépare les Etats-Unis de l’Europe.

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