On se dit qu’il y a, forcément, ce qu’on appelle un « Plan B », une solution de rechange. Alors on cherche, on interroge, au téléphone ou face-à-face, des diplomates et des responsables des pays impliqués dans cette crise et, ce tour d’horizon fait, force est de constater que non. Malgré cette spirale du chaos dans laquelle l’Irak plonge toujours plus, malgré l’évidence de la gravité de la situation, il n’y a pas l’ombre d’une sortie de crise en préparation, pas même en discussion. Plus grave encore, il y en avait une, il y en eut une, imaginée dans plusieurs capitales européennes mais elle ne paraît déjà plus praticable aujourd’hui. A la mi-août encore, à Paris, à Berlin, à Moscou, on espérait parvenir un jour à convaincre les Etats-Unis de céder les commandes irakiennes aux Nations-Unies, de placer leurs troupes sous l’autorité politique de l’Onu, de transformer, en un mot, l’intervention américaine en intervention internationale pour lui donner la légitimité qui lui manque. Ce n’était pas évident, le succès n’était pas garanti, le risque grand mais au moins y avait-il, là, quelque chose à tenter pourvu que la Maison-Blanche finisse par en accepter l’idée. Alors on y travaillait, jusqu’au jour de l’attentat qui a frappé le siège de l’Onu à Bagdad. Ce n’était pas seulement monstrueux. C’était aussi bien visé car, depuis, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies, Kofi Annan, n’est plus partant pour cette solution. Il peut changer d’avis, il n’a pas dit non puisque rien ne lui a été officiellement demandé, mais tant dans ses conversations avec ses collaborateurs que dans ses contacts officieux avec les grandes capitales, il laisse maintenant comprendre que la situation est désormais devenue trop insaisissable à ses yeux pour que des forces de l’Onu puisse la reprendre en mains, que les Nations-Unies n’auraient qu’un peu plus de prestige à y perdre- bref, qu’il n’y croit plus. Pour l’heure, cette porte s’est d’autant mieux refermée que la France n’est plus loin de partager ce point de vue. Adieu, donc, l’espoir onusien mais quoi d’autre ? Et bien la seule autre idée qui reste sur la table serait une accélération drastique de la constitution d’un véritable gouvernement irakien, élu et réellement en charge, d’un gouvernement qui devrait partager le pouvoir entre Kurdes, Sunnites et Chiites mais qui prendrait, avec des appuis internationaux, économiques, politiques et militaires, la responsabilité du pays. C’est jouable, ce serait jouable à condition d’aller vite, mais, pour l’instant, cette solution n’est pas considérée comme envisageable par les Américains. Pour l’instant, le seul vrai débat en cours à Washington oppose les partisans du statu quo, du « patience, ca va s’arranger », à ceux d’une augmentation des effectifs militaires, grâce à l’entrée en scène de nouveaux alliés que Georges Bush espère inciter à s’engager en présentant, dans les jours à venir, un nouveau projet de résolution au conseil de sécurité. De nouveaux pays s’engageront peut-être, mais pendant ce temps, les milices s’organisent en Irak, celles des chiites s’ajoutent à celles des Kurdes en attendant celles des sunnites et, tout aussi inquiétant, bien plus inquiétant bientôt, les services secrets des pays voisins commencent à intervenir activement dans cette crise. L’Irak devient le Liban des années 80, menace de le devenir.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.